L'édito du Nine Pour Bonsoir Paris !

BONSOIR PARIS livre ici la copie de 2 articles qui s'enchaînaient dans ce numéro de "Rock & Folk" et le moins que l'on puisse dire est qu'ils sont particulièrement intéressants.

Le premier est signé Kurt Mohr et ce n'est pas là la moindre de ses qualités.

Kurt Mohr, grand amateur de jazz, abandonna la recherche pharmaceutique, dans laquelle il exerçait en Suisse, à l'âge de 33 ans pour se consacrer à sa passion et s'installer à Paris. Il collabora à la revue "Jazz Hot", travailla pour les disques Vogue, puis chez un disquaire avant d'être engagé par Odéon à la fin des années '50. Il y eut en charge un certain nombre de labels américains dont Vee-Jay, bien connu des collectionneurs de disques des Beatles. Kurt Mohr évoque d'ailleurs cette période chez Odéon dans l'article de Rock & Folk, en relatant les vains efforts qu'il avait entrepris pour promouvoir les Beatles en France dès 1963. C'est néanmoins sur Odéon que les premiers disques des Beatles furent publiés en France.

En 1966, une partie de l'équipe de rédaction de "Jazz Hot" décide de fonder "Rock & Folk" et, bien sûr, Kurt Mohr est de l'aventure. Il collabora ensuite à "Best" et à l'éphémère "Pop Music". Par la suite, il se consacra à la radio et à l'écriture de discographies de marques (labels), notamment "King" et "Atlantic".

Kurt Mohr est décédé à Neuilly sur Seine en novembre 2007.

(source "Soul Bag")

Moins médiatique que d'autres journalistes musicaux (il ne s'est jamais pris pour une rock star et il n'a jamais été faire le guignol à la télévision), il n'en demeure pas moins une des plumes les plus appréciées des amateurs de la presse musicale de qualité.

Le passionné de jazz qu'était Kurt Mohr savait toujours avoir l'esprit ouvert pour aimer - et faire aimer - d'autres formes de musique, telles celle des Beatles ou des Beach Boys. Ce n'est donc pas surprenant de le voir signer ici un article remarquable, encore plus notable quand on le compare au niveau moyen de la prose que le phénomène Beatles générait en France à la même époque et qui fait souvent le bonheur des amateurs de bêtisiers grâce à BONSOIR PARIS.

On découvrira à la lecture de l'article reproduit ci-après qu'il fut un des rares français à découvrir les Beatles dès "Love Me Do" et qu'il avait essayé de les faire venir à Paris pour un concert à l'Alhambra en mai 1963. Hélas, sans succès. Lire absolument l'article pour tous les détails de cette incroyable mésaventure.

Le second article, dû à Pierre Chatenier, propose une réflexion sur la drogue et la relation entre celle-ci et les fans de pop-music, plus particulièrement les hippies, avec le titre assez provocateur "Les Beatles : oui, les drogues ... bof". L'enchaînement est parfait dans la mesure où l'article de Kurt Mohr s'achève sur le récit de l'aveu fait par Paul au sujet de ses prises de LSD, faisant par là même des Beatles les portes parole d'une certaine "pensée progressiste". Mais, après les chocs culturels que furent "Sgt Pepper", "All You Need is Love", tout le monde plaçait les Beatles tellement haut qu'il n'était pas incongru de les imaginer porteurs d'un message dont on sait maintenant - avec le recul - qu'ils n'ont jamais cherché à porter ni même simplement possédé.

La prise de drogue a toujours été étroitement liée au petit monde des artistes et des intellectuels, lesquels ne s'en vantaient pas. Cela restait confidentiel même si c'était un secret de polichinelle. La lutte contre la drogue était même un des sujets récurrents des films policiers des années '50 (comme le très réussi "Razzia sur la chnouf" d'Henri Decoin en 1955). On était bien loin des Beatles ...

Et puis, en 1967, il y a eu des artistes de premier plan (Bob Dylan, les Rolling Stones, les Beatles ...) qui ont avoué la prise de drogue - sans à aucun moment inciter leur public à en faire autant. C'était un mélange de candeur (Beatles, Stones) et de cynisme (Dylan). Ils s'imaginaient être devenus tellement grands qu'ils pouvaient tout se permettre, y compris d'avouer des choses interdites. Et ce fut la curée ... En l'espace de quelques mois, les "groupes chevelus" sont devenus synonymes de drogués et leurs fans aussi. Tout le monde dans le même sac.

Bien évidemment, la presse s'en est mêlée avec deux attitudes extrêmes : d'une part, une presse conservatrice, largement majoritaire, qui menait une campagne active contre la drogue et jetait l'anathème sur tous ceux qui avouaient ou se faisaient prendre et, d'autre part, quelques feuilles plus ou moins confidentielles ("underground") qui pronaient l'ouverture d'esprit et les expériences. Entre les deux, une presse - minoritaire et honnête - qui essayait de comprendre ce qui se passait, de démêler le vrai du faux, de se faire une opinion et de l'écrire.

L'article de Pierre Chatenier s'inscrit dans cette dernière catégorie. Il expose des faits, avec beaucoup de franchise et de nombreux témoignages mais n'arrive pas à trancher. Il conclut d'ailleurs son article par un "Le dialogue est ouvert".

Claude DEFER




Je les ai abordés avec un solide préjugé — défavorable. C'était en 1962 et il m'incombait de sélectionner les disques de provenance étrangère à faire paraître chez une compagnie française. Toutes les semaines, des douzaines d'échantillons à écouter, la plupart variant entre le médiocre et l'affreux. Dans ce cas-là, on n'écoute même pas jusqu'au bout. Et puis, une surprise ! Un chouette truc, genre Jimmy Reed, avec guitares et harmonica. Le titre? « Love me, do ». Le groupe? Les Beatles, nobles inconnus s'il en fut, mais qui ne tardèrent pas à monter au premier rang du hit-parade. Leur deuxième « simple » était tout aussi sérieux et connut le même succès en Angleterre. Le moment était venu de les lancer en France. Je téléphonai, à Liverpool, à leur manager Brian Epstein pour obtenir leurs noms et leurs photos. « Ils vont à Londres demain, me dit-il, pour enregistrer leur premier 30 cm dont je vous enverrai immédiatement les bandes ». Il fut convenu de les faire passer en concert à l'Alhambra au mois de mai 1963. Les Beatles acceptaient de se produire gracieusement, demandant seulement le remboursement de leurs frais de déplacement et d'hôtel.

L'HONNÊTETÉ

Je me souviens encore de l'étonnement de l'ingénieur graveur lorsqu'au studio nous écoutâmes plusieurs fois les bandes du premier 30 cm : « Ça nous change drôlement, dit-il, du ronron habituel des groupes twist ou yéyé ; c'est bien enlevé et en plus il y a de chouettes mélodies ». Ce n'était peut-être pas « génial », mais il y avait certainement deux qualités essentielles et qui vont de pair : le bon goût et l'honnêteté d'être soi-même.

Entre temps, hélas ! les « experts » de la maison de disques française se ravisèrent et décommandèrent le spectacle et la sortie du disque, ne voulant assumer aucun risque! Ce n'est que plus tard, quand les Beatles eurent battu tous les records de popularité et défrayé les chroniques de la presse quotidienne, que leurs disques allaient enfin être publiés en France.
Aujourd'hui, les Beatles sont devenus une véritable institution, sur le plan artistique, financier et moral. Jamais on n'avait vu chose pareille, et jamais, apparemment, institution ne fut basée sur des fondements plus solides. Oui, je pèse bien mes mots, car j'entends déjà des cris outrés ! Musicalement parlant, les quatre Beatles ont actuellement les connaissances et la technique (vocale et instrumentale) nécessaire pour s'exprimer de manière parfaite. Si certaines de leurs compositions les amènent à faire appel à des musiciens d'appoint (quatuor à cordes, orchestre symphonique, etc.) ou à des artifices sonores, c'est bien entendu leur droit le plus strict et ils ne s'en sont jamais cachés (le « Beatles Monthly Book », N° 47, de juin 1967, donne tous les détails discographiques sur leur LP « Sgt. Pepper »). S'ils confient la direction de leurs enregistrements à George Martin et la gérance de leurs affaires à Brian Epstein, c'est précisément parce qu'ils ont l'intelligence et le bon goût de faire appel à des hommes hautement compétents.

QU'ON NOUS FICHE LA PAIX

Car ce qui compte, c'est le résultat. C'est la création en équipe plutôt que la performance individuelle. Je ne saurais dire s'il existe chez eux un véritable chef de file, si c'est Brian Epstein l'éminence grise. Et d'ailleurs, peu importe. L'organisation Beatles, c'est comme un iceberg : en surface, quatre brillantes vedettes et en dessous une équipe solidement soudée, inconnue du grand public, mais à laquelle chaque membre apporte une contribution importante. Cette harmonie n'est-elle qu'apparente? Pour les besoins de la publicité? Je ne le pense pas. L'image d'un Brian Epstein menant à la baguette un petit troupeau bien dressé me parait hautement improbable, face aux personnages individualistes qui forment son équipe. Il semble au contraire que chacun se soit tacitement donné le mot pour chercher leur vocation commune et lui être fidèle, quelles que puissent être les conséquences. Cette vocation, ce fut tout d'abord le désir de s'affirmer, de crier au visage de tous les jeunes du monde : voyez ce que nous sommes, nous tous, nous ne sommes plus des mômes, mais nous aimons gueuler, danser, vivre — alors, qu'on nous fiche un peu la paix, hein? Ce petit message-là, on le retrouve à travers toute leur musique, leurs films et il est illustré par les nombreuses anecdotes relatées par la presse. Ce message, les Beatles surent l'exprimer en paroles, en musique et en actes. Et il ne tomba pas dans des oreilles sourdes. La réaction des grincheux, évidemment, ne se fit pas attendre mais comme d'habitude, elle venait trop tard : le succès des Beatles auprès des jeunes était tel qu'ils devinrent l'une des principales sources de revenus du Trésor Public Britannique et à cela, bien entendu, il était délicat de vouloir toucher.

PENSÉE PLUS PROFONDE

Effrayés sans doute par l'adulation insensée dont ils étaient l'objet, attristés par la rage impuissante de leurs détracteurs, les apprentis sorciers durent faire le point. Il s'agissait de garder la tête froide, de dompter le démon de l'opinion publique qu'ils déchaînaient avec tant de facilité. Peut-être pourraient-ils, avec beaucoup de patience, l'apprivoiser et lui faire entendre raison. Un seul moyen permettait quelque espoir de réussite : rester sincère, renoncer aux compromis et à l'hypocrisie. Ainsi, tout en continuant à pondre de la musique joyeuse et farfelue, ils abordent des sujets plus sérieux. Oh ! c'est amené avec beaucoup de tact et de délicatesse. Mais, enfin, on ne se défoule plus exclusivement dans la danse et l'amourette. « Nowhere man », « Eleanor Rigby », « Strawberry fields forever », « A day in the life », « Ail you need is love » et bien d'autres encore. A une pensée plus profonde s'adapte un langage plus nuancé, plus poétique, une musique plus élaborée.



COMMENT OSEZ-VOUS?

Les Beatles savent bien qu'en agissant ainsi, ils risquent de s'aliéner une partie de leurs fans adolescents. Tant pis ! Ils n'ont plus quinze ans et il leur semblerait maintenant ridicule et hypocrite que de vouloir faire semblant. Doit-on, parce qu'on est parvenu à la célébrité à un certain âge, refuser à tout prix d'évoluer? Or le grand problème des Beatles était précisément d'évoluer, sans pour cela vieillir ou même abrutir, comme c'est, (hélas !) bien souvent le cas.

Car, en fait, prendre de l'âge, à quoi cela correspond-il exactement? N'est-ce pas simplement, dans ce que nous appelons notre civilisation, apprendre à savoir mentir ? Au début on apprend et ensuite cela devient une habitude. A tel point que l'on n'y prête même plus attention. Le pauvre malheureux qui ose dire la simple vérité, on le regarde avec commisération : « Mais, voyons, ne soyez donc pas si maladroit ! » ou avec indignation : « Quelle insolence, comment osez-vous... » Les Beatles les connaissent bien, ces phrases-là! On se souvient de l'indignation que provoqua la remarque de John Lennon, disant qu'ils étaient actuellement plus populaires que Jésus-Christ. Simple constatation, mais qui scandalisa les dévots d'Amérique et d'ailleurs. Ils voulurent les empêcher de se produire et brûler leurs disques et leurs photos. Peine perdue : leur tournée se solda par un triomphe. Plus récemment, au mois de juin, Paul McCartney, questionné par un journaliste qui lui demandait s'il avait déjà pris du LSD, répondit par oui. Par la suite, il affirma en avoir pris plusieurs fois, mais ne désirait nullement voir ses fans expérimenter cette drogue. Ce fut un tollé dans la presse britannique ! Mais le fait significatif, c'est qu'on ne lui reprocha pas d'avoir pris la drogue, mais d'avoir dit la vérité. On le traita de retardé et d'idiot de n'avoir pas «tenu sa langue » — autrement dit : menti ! Espérant sauver les meubles en obtenant un désaveu, on interrogea Brian Epstein. Manque de pot : lui aussi avoua en avoir pris ! Et ce brillant homme d'affaires, on ne pouvait certainement pas le faire passer pour un imbécile. Mieux valait écraser.

LA PENSÉE PROGRESSISTE

Ceci illustre bien la ligne de conduite adoptée par toute l'équipe des Beatles. La guerre à l'hypocrisie et au mensonge, dusse même leur popularité en souffrir. Et maintenant que leurs talents de musiciens et de poètes sont universellement reconnus, que leurs disques se vendent régulièrement par millions, ils peuvent se permettre quelques fantaisies. C'est un vrai régal de voir comment ils « jouent à cache-cache » avec la censure.
« Ha ha !, fit la censure en décortiquant les paroles de Sgt. Pepper. Dans le morceau intitulé « A day in the life », il est question de « smoke » (fumée) et de « dream » (rêve) ! C'est une incitation à la drogue ! Interdiction de passer cette plage à la BBC ! » Un mois après que tout le monde se fut bien abreuvé de l'inoffensif et si poétique « Lucy in the Sky with Diamonds », ce fut l'éclat de rire chez les fans quand on leur fit remarquer que les initiales de cette chanson... vous voyez ce que je veux dire !
Non, finalement il n'y a que les imbéciles irréductibles qui peuvent rager devant les Beatles. On peut à la rigueur rester insensible à leur musique — soit qu'on éprouve une allergie pour tout ce qui est violemment rythmé, soit au contraire qu'on ne goûte que ce qui chauffe — mais pour ce qui est de leur esprit, à la fois sérieux et plein d'humour, il constitue certainement l'une des manifestations les plus réjouissantes de notre époque.

On était loin de soupçonner, à leurs débuts, qu'ils deviendraient en peu d'années des porte-paroles de la pensée progressiste.

KURT MOHR



Les Beatles OUI ! Le LSD Bof ...

Condamnés par le Tribunal de Chichester, Sussex, à la fin du mois de juin, à respectivement trois mois et un an de prison pour usage et détention de stupéfiants, puis relâchés sous caution en attendant leur nouveau jugement en appel. Paul McCartney, quelques temps auparavant, avait de son côté publiquement déclaré « Oui, j'ai pris du LSD quelquefois ». Par l'identité et la célébrité de leurs héros, ces deux affaires dépassent le simple cadre du fait divers. Et on peut se poser quelques questions. Le juge, voulant sans doute faire un exemple, ne risque-t-il pas plutôt de faire de Mick Jagger un martyr de la pop-music ? Paul McCartney, moins prudent mais aussi peut-être plus sincère que son ami John Lennon qui attribue à son fils la paternité du titre « LSD » (Lucy in the Sky with Diamonds), ne va-t-il pas, sans le vouloir, inciter ses nombreux admirateurs à l'imiter ?

L'AMOUR DU PROCHAIN

L'Angleterre, et Londres surtout, découvrent depuis déjà un moment, le mouvement « hippie » auquel est lié le terme « psychedelic », lancé par Timothy Leary, ancien professeur de psychologie de l'Université de Harvard et apôtre du LSD. En effet, pas de véritable « psy-chedelism » sans LSD, sans hallucinogènes, seul moyen de s'évader de la réalité pour le « voyage » (Take the trip) où toutes les sensations sont accrues et l'imagination continuellement éblouie par la vision d'une « vérité théologique ». C'est de cette promesse de « voyage », qu'est né le culte hippie. Il y a près de 10.000 hippies en Californie, plus particulièrement dans le quartier de Haight-Ashbury (The Hasbury) de San Francisco, décidément véritable creuset de toutes les révolutions intellectuelles américaines puisque la « Beat Génération » y avait aussi trouvé refuge. Mais le mouvement s'est élargi à tous les États-Unis, de Boston à Seattle, de Détroit à la Nouvelle-Orléans, avant de pousser ses ramifications a Londres et jusqu'à la Nouvelle Delhi et Katmandu où, suivant ce qu'on appelle déjà « The hashish trail », la route au hashish, les hippies savent trouver des hallucinogènes à meilleur marché (à Hashbury, la qualité la plus recherchée de marijuana, « l'Acapulco Gold », qui vient du Mexique, vaut 5 dollars la boîte d'allumettes pleine — le dollar = 4,90 F — et le LSD, qui se fait maintenant en pilule ou en sucre cristallisé, vaut 2,50 dollars les 250 milligrammes.) Les hippies, influencés par la philosophie boudhiste, prêchent en effet le mysticisme, la non-violence et l'amour du prochain, amour compris dans tous les' sens du terme et surtout sexuel. « Make love not war ». Il faut écouter Grâce Slick, la chanteuse du groupe hippie « Jefferson Airplane » réclamer « Don't you want somebody to love ? » Pour extérioriser leur non-violence, ils portent des fleurs, dans les cheveux surtout. Scott McKenzie, un chanteur dont on ne va pas tarder à entendre parler, a été classé 4e au Billboard avec « San Francisco (some flowers in your hair) ». Le Hip Movement a en commun avec la Beat Génération un penchant pour le mysticisme oriental, pour tout ce qui est sexuel et une prédilection pour les hallucinogènes. Une douzaine de hippies ont paradé le 4 juillet pieds nus, les cheveux décorés de fleurs, devant la Maison Blanche à Washington, pour réclamer la légalisation de la marijuana. Mais, alors que la Beat Génération avait donné des poètes, des écrivains (Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs...) des peintres abstraits et un jazz cérébral, l'art hippie se caractérise par des affiches murales aux couleurs criardes, par le rock où il est beaucoup question dans les paroles d'hallucinogènes et de « voyage », et par des shows « psychedelics » avec projection de diapositives en couleurs et des éclairages aveuglants. C'est par la musique psychédélique que les Anglais sont entrés en contact avec le Hip Movement. Ils se sont découverts des groupes psychédéliques, les Move, Pink Floyd, Soft Machine... Et les Beatles qui, avec un disque très hippie comme « Sgt Pepper's lonely hearts club band », montrent qu'ils restent à l'avant-garde de la pop-music. Mais pas de hippies sans hallucinogènes. Pas de « psychedelic » sans LSD. Fermons la parenthèse.

PAUL EST SINCÈRE

Et en France ? Les fans de pop-music sont-ils gagnés par le « Hippie-Move-ment » ? La déclaration de Paul McCartney et la condamnation de Mick Jagger allaient-elles les influencer ou les éloigner de ces chanteurs ? Toujours à l'avant-garde, le Rédacteur en Chef de «Rock & Folk» m'a brusquement extrait « Zip ! Sha Bang ! », de ma bande dessinée préférée et m'a poussé sans ménagement, « Vroom ! Badaboum ! », à faire le voyage à la recherche de ces renseignements. Avertissement. Je n'ai obtenu que des réponses particulières, piquées au hasard des rencontres dans Paris, et sans la moindre valeur statistique. Tous les gens interrogés étaient au courant, et ne se sont montrés ni étonnés ni déçus. Ils resteront fidèles à leurs idoles sans les suivre pour autant. Ils ne se sont même pas montrés inquiets de l'avenir des Rolling Stones. Michel R..., 17 ans, étudiant, revient de Londres : « Tout le monde se drogue à Londres. McCartney est seulement plus connu, c'est pour ça qu'on en parle. Et, pourquoi avoir mis Mick Jagger en prison et pas les autres ? Il y en a peut-être trop. Si c'est pourfaire un exemple, je ne crois pas que ça réussira. Ils ont trop pris l'habitude. D'ailleurs Londres devient d'un triste. Ils sont tous endormis. » Annie-France V..., 16 ans 1/2, lycéenne, un peu déçue, s'inquiète du mauvais exemple : « C'est dommage pour Mick d'avoir été condamné. Mais je ne crois pas que Paul McCartney ait eu raison de déclarer publiquement qu'il avait pris du LSD. S'il en prend, il est inutile qu'il le fasse savoir. Ça le regarde personnellement. Il peut toujours y avoir un idiot pour suivre son exemple. » « Paul est sincère, pense au contraire Pierre D..., 19 ans, étudiant. Pourquoi aurait-il dû être hypocrite. La faute est à celui qui lui a posé la question. Si des gens veulent se droguer, tant pis pour eux ou tant mieux, je ne sais pas. Moi, ça ne m'intéresse pas. » Tout le monde n'est pas du même avis. Joëlle J..., 17 ans : « Pourquoi a-t-il eu besoin de dire ça ? Il est assez grand pourfaire ce qu'il veut, mais ce n'est pas la peine de le dire à tout le monde. » D'autres s'inquiètent, comme Christine M..., 16 ans : « Est-ce que ça ne va pas lui attirer des ennuis ?... » Et elle essaie de comprendre « Les chanteurs croient peut-être que ça leur apporte beaucoup de se droguer. S'ils ne se droguaient pas, ce ne serait peut-être pas la même musique, ce serait autre chose sans doute. Mais est-ce que ça ne serait pas aussi bien ? » Plus désabusé est Jacques B..., 22 ans, photo-stoppeur sur les. grands boulevards : « Oh ! c'est que ça doit leur faire de la publicité ! Tout le monde en parle. Si les journalistes ne s'intéressaient pas autant à eux. »



PAS TENTÉS PAR LE VOYAGE

J'ai cherché à savoir aussi s'ils pensaient que l'usage des stupéfiants devait être légal ou illégal. Antoine m'avait en effet déclaré en mars : « Le pire truc qu'on ait fait, c'est d'en parler. Le LSD était inconnu en France... Mais on lutte très mal contre les drogués. On lutte contre les vendeurs au lieu de lutter contre le besoin des drogués. Si on les surveillait, si on leur fournissait leur dose, les trafiquants n'arriveraient plus à vivre, à faire leur trafic. Et il n'y aurait plus de clients. Chaque fois qu'on arrête un camion avec 500 kg d'opium, on crée le besoin. Du coup, les prix montent et les trafiquants sont là. » Ce n'est pourtant pas l'avis de tout le monde. Jean-Pierre B..., 18 ans : « Il faut empêcher ça, lutter contre, plus durement encore. Ça entraîne tellement de conséquences. Ceux qui en prennent ne se rendent pas compte. Ils sont inconscients. Il faut les empêcher malgré eux... » Robert S..., 19 ans, est plus nuancé : « Il y a, bien sûr, l'attrait du fruit défendu. Mais si c'était permis, légal, on ne sait pas ce qui pourrait se passer. Peut-être en vente dans les pharmacies ? » Philosophe, Christiane D..., 17 ans fait preuve de bon sens : « Ça ne sert à rien de défendre quelque chose. Ça ne peut qu'exciter les gens à s'y intéresser plus encore. Et la cigarette, ce n'est pas une drogue ? ». Mais, en général, conscients ou raisonnables, ils pensent tous aux conséquences, aux troubles possibles que l'usage des hallucinogènes peut entraîner. Et surtout, ils n'en ressentent pas le besoin. Aucun n'a émis le désir d'essayer ou de tenter « le voyage ». Et s'ils pensent, sans en être sûr, connaître ou avoir rencontré des gens qui s'adonnent à un quelconque hallucinogène, qu'ils ne peuvent pas préciser, cela leur suffit. Ils ne veulent pas suivre l'exemple. Les idoles auraient-elles moins d'influence qu'on ne le pense généralement ? L'ambiance à Paris ne semble pas du tout orientée dans cette direction-là. Croient-ils que les chanteurs français soient dans le même cas que les Anglais ? Peu le pensent. « Nous n'avons pas la même mentalité, dit Janick J..., 19 ans, étudiante. Nous sommes trop cartésiens pour ça. Et puis, les Anglais ont été refoulés tellement longtemps que maintenant leur relâchement est excessif. Je ne crois pas qu'il y ait des chanteurs en France qui prennent des stupéfiants. Je ne sais pas. Je ne le souhaite pas. Les stupéfiants n'ont de toute façon jamais donné de génie à personne ». Michel F..., 18 ans, est plus catégorique : «J'ai vu à la télé un type qui racontait qu'il avait pris du LSD. C'était horrible. Les chanteurs français ? Non, ils sont en bonne santé. Regardez Eddy Mitchell, il respire la santé. »

Voilà. Le dialogue est ouvert. Je retourne à ma bande dessinée favorite. Mais je déclare sur l'honneur n'avoir pas pris d'hallucinogènes pour rédiger cet article qui, par ailleurs, est libre de toute publicité.

Pierre Chatenier

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POUR OU CONTRE LA DROGUE

En principe nous sommes contre toute drogue addictive (dont on devient l'esclave). On a toujours plus à y perdre qu'à y gagner. Il faut donc savoir clairement distinguer entre les deux genres suivants : Les drogues addictives fortes (morphine, cocaïne, héroïne) ont un effet absolument désastreux et mènent, à plus ou moins court terme, à la déchéance physique et morale. Seule leur administration sous contrôle médical peut se justifier en cas exceptionnel (douleurs intolérables). Toute autre utilisation est impardonnable et la Loi se doit d'être d'une extrême rigueur envers les trafiquants.

Les drogues addictives faibles (tabac, alcool), nous en connais sons tous les effets, mais ne pourrait-on pas trouver de meilleurs arguments pour en dissuader les gosses, que l'éternel « tu es encore trop jeune » ! Leur montrer qu'il n'y a vraiment pas de quoi crâner à être l'esclave de la cigarette ou à s'envoyer une cuite ! Restent les drogues non addictives. On peut les classer enfaibles (marijuana, haschisch), fortes (mescaline) et très fortes (LSD). En principe, on peut évidemment les essayer, pour voir l'effet que ça fait. On ne risque pas l'accoutumance. Par contre l'effet psychologique peut, suivant les circonstances et suivant l'indi vidu, avoir des répercussions nuisibles et toujours fort désagréables. Il est donc instamment déconseillé — aux dires mêmes du Dr. Timothy Leary, le grand spécialiste et promoteur du LSD — d'absorber cette drogue sans être guidé et conseillé par un psychiatre ou autre personne parfaitement au courant. Prise sous des conditions optimales, cette drogue serait à même d'apporter un enrichissement de la personnalité.

Plusieurs adeptes l'ont déclaré.

Mais ces mêmes personnes mettent en garde les novices qui seraient tentés de l'essayer par simple curiosité. Les expériences relatées dans le numéro spécial de « Crapouillot » sont révoltantes et vont à rencontre de ce que préconisent tous les vrais adeptes du LSD. Si ce numéro a toutefois réussi à plonger dans la terreur les curieux et chercheurs de sensa tions fortes tentés par « la chose », il aura fait œuvre utile. K. M.