Cine Revue - 1965 - N°41 - Octobre
Par Stéphan B., samedi 31 octobre 2009 à 17:15 :: Cinéma :: #52 :: rss

Parce qu'elle avait eu la puce à l'oreille, la police pénétra dans l'hôtel et y effectua un contrôle. Il y avait des filles de moins de vingt ans à peu près dans toutes les chambres à coucher des hommes du show qui profitaient ainsi de leur hystérie consécutive à la présence des Beatles. Quant à ces derniers, ils dormaient à poings fermés — seuls dans leur lit — sauf l'un d'eux, Paul McCartney, qui n'avait pas refusé une aimable compagnie. Toutes ces filles étaient des teenagers
L'édito du Nine Pour Bonsoir Paris !
"Girls ! Girls ! Girls !" chantait Elvis en 1962.
(Des filles ! Des filles ! Des filles !)
Cela a le mérite d'être clair.
Les filles en effet ont toujours été l'objet de toutes les attentions - artistiques ou beaucoup moins artistiques - des chanteurs en vogue, excepté évidemment de ceux qui leur préféraient les garçons mais c'était plus délicat à chanter, surtout dans les années '60.
Ce Cinérevue de 1965 s'intéresse à ces filles d'un soir que les artistes (et leur entourage) "consomment", de ville en ville, d'hôtel en hôtel, dès qu'ils ont quitté la scène. Certaines d'entre elles en feront presque une profession (comme Pamela Des Barres pour ne citer que l'une des plus connues). D'autres paieront de leur personne de façon plus occasionnelle, le recherchant parfois sciemment ou simplement éblouie par l'honneur qui leur est fait d'être choisie par l'idole ou un de ses rabatteurs ...
A ses débuts, Elvis Presley les choisissait lui-même pendant le show et les pointait du doigt, leur intimant l'ordre de le rejoindre dans sa loge après le spectacle.
Les plus "actives" sont appelées "groupies". Paul McCartney et ses Wings en feront même une chanson ("Famous Groupies") sur l'album "London Town".
Bill Wyman affirma en avoir "honoré" plus de 2.000 pendant sa période Rolling Stones.
Cinérevue, magazine dont les prétentions intellectuelles, morales et culturelles ne sauraient être mises en doute, crie au scandale en découvrant cet aspect de la vie des "idoles", tout en admettant qu'il n'y a aucune violence et que les filles sont toujours volontaires même si elles ne comprennent pas toujours très bien ce qui va leur arriver et avec qui elles vont se retrouver.
L'auteur de l'article le dit sans ambages : "A vrai dire, il n'avait pas fallu les forcer". On décernera également un petit bonus à cet auteur pour l'emploi du mot "comestible" pour qualifier ces demoiselles.
On s'interrogera cependant sur l'emploi répétitif du mot "teenager". Si ma mémoire est bonne, coucher avec une mineure était un délit dans les années '60, aux Etats-Unis comme en France, et la majorité était alors à 21 ans. Comment la police (citée à plusieurs reprises dans l'article) pouvait elle constater de tels faits sans prendre les sanctions qui s'imposent ? Bizarrement, l'auteur de l'article ne nous l'explique pas ...
C'est un scandale !
Claude DEFER
C'est un scandale sur lequel on a jeté un voile pudique. La police avait remarqué que de très jeunes filles étaient entraînées à l'intérieur de l'hôtel où se trouvaient les Beatles à Minneapolis. A vrai dire, il n'avait pas fallu les forcer. Elles hurlaient hystérique-ment comme d'habitude devant l'hôtel où étaient descendus et les chanteurs chevelus et les autres artistes du show. C'était la coutumière hystérie, pas fort belle à voir et peu représentative de la « personne humaine ». Les policiers chargés de contenir cette foule de gamines déchaînées s'aperçurent que des garçons sortaient de l'hôtel, repéraient dans la foule les filles qu'ils jugeaient sans doute les plus comestibles et les emmenaient, ravies, à l'intérieur.
Ils apprirent par la suite que ces garçons du show promettaient à ces filles surexcitées qu'ils allaient les conduire auprès des Beatles. En fait, ils les destinaient à un tout autre usage...
Parce qu'elle avait eu la puce à l'oreille, la police pénétra dans l'hôtel et y effectua un contrôle. Il y avait des filles de moins de vingt ans à peu près dans toutes les chambres à coucher des hommes du show qui profitaient ainsi de leur hystérie consécutive à la présence des Beatles. Quant à ces derniers, ils dormaient à poings fermés — seuls dans leur lit — sauf l'un d'eux, Paul McCartney, qui n'avait pas refusé une aimable compagnie. Toutes ces filles étaient des teenagers.
Ce scandale n'est pas le seul. Il se produit souvent. Il arrive régulièrement que des « idoles » profitent de leur ascendant sur de naïves adolescentes. C'est ainsi qu'un chanteur français de la vague yé-yé, un des plus célèbres, fit un jour entrer dans sa loge une des filles qui se pressaient dans le couloir et, là. en présence de son gang, il se livra sur elle à certains actes révoltants.
De même, un groupe de chanteurs anglais, émules des Beatles, les Mersey-beats, avouent que, dans chaque ville, ils profitent de l'hystérie des filles de moins de vingt ans soit pour les entraîner dans leur chambre soit pour se rendre chez elles en leur compagnie quand leurs parents sont absents. Ils sont ainsi les premiers à admettre publiquement ce que les autres « idoles » Cachent soigneusement, à savoir que toutes ces filles ne sont pas utilisées rien qu'à hurler. « Pourquoi s'attacher à une fille, ont-ils dit à un journaliste, quand on peut en avoir une différente chaque soir de la semaine ? ».
Cela commence dans la salle où se produisent les « idoles ». C'est là que sont « chauffées » les teenagers. Le reste vient ensuite : l'exploitation de la situation si on ose dire. Les chanteurs ne sont d'ailleurs pas seuls à profiter de cette hystérie collective. La police a repéré des hommes d'âges divers qui circulent également à travers la foule des filles déchaînées pour faire leur choix.
Un des Merseybeats a même précisé quel genre de filles il préfère généralement : « Avec des longs cheveux et un peu stupide ». Un autre les aime toujours « avec de longs cheveux et très jeunes ». Un troisième enfin avoue qu'il a un peu pitié de ces pauvres idiotes, mais il n'en joue pas moins, bien entendu, le jeu. Tous se déclarent tranquilles « Nous n'avons pas peur des parents. Nous savons fort bien que les filles ne leur diront rien »...
C'est un des aspects de la vague yé-yé dont on ne parle généralement mais qui vaut tout de même qu'on s'y arrête, surtout parce qu'il s'agit généralement de filles de quinze ou seize ans...
J.M. SWAMP.


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