Salut les Copains - 1969 - N°88 - Décembre
Par Stéphan B., samedi 7 novembre 2009 à 19:59 :: Musique :: #54 :: rss

Au premier étage se trouve le bureau des Beatles, blanc, vaste et confortable, une lithographie de Brigitte Bardot épinglée au mur, ainsi que celui de leur assistant personnel, qui est d'une certaine manière le « patron » de la firme, Peter Brown. Les Beatles se rendent presque chaque jour à « Apple » lorsqu'ils sont à Londres, mais ce n'est pas forcément en même temps. Celui que l'on y rencontre le plus souvent, c'est John. Il y a d'ailleurs un second bureau qu'il partage avec Yoko Ono (la jeune Japonaise qu'il a épousée) et sur la porte duquel on peut lire : « Bag Production », (c'est-à-dire « Fourre-tout production »).
On croyait que les Beatles nous avaient déjà montré tout ce dont ils étaient capables ; nous étions loin de la vérité : la publication de leur album « Abbey Road » n'en est-elle pas une preuve convaincante ?
En l'écoutant, on serait tenté de s'écrier : « Cet album, c'est le meilleur de tous ! » Mais n'a-t-on pas envie de dire ça à l'écoute de chaque nouvel album ? Des vacances, les Beatles n'en ont pas pris : leur trente-trois tours d'abord ! Ils ont donc passé tout l'été, ou presque, enfermés dans un studio. Les seules personnes autorisées à entrer dans le studio, avec les quatre garçons, pendant ce mois d'enregistrement : leur collaborateur le plus ancien, le pianiste-arrangeur George Martin ; deux grands techniciens anglais de la prise de son ; et, de temps en temps, un visiteur ami (Mick Jagger, Chris Farlowe, Cilla Black ou Mary Hopkin). Mais il n'y eut jamais, de part et d'autre de la vitre, Beatles compris, plus de huit personnes, à la grande satisfaction des quatre chanteurs et pour le salut d' « Abbey Road ». Tout y enchante : la légèreté et l'humour avec lesquels Paul chante « Maxwell's Silver Hammer», la brillante harmonisation des chœurs dans « You never give me your money », la vitalité et la gaieté de Paul et John dans « You're gonna carry that weight ». On croit généralement que John Lennon et Paul McCartney ont le monopole des jolies mélodies, mais une des plus belles chansons de l'album, « Here comes the sun », est de George Harrison pour la musique.
Il n'y a pas seulement aujourd'hui, à l'actif du groupe, ces cent millions de disques vendus dans le monde entier, l'immense fortune qu'ils représentent. Il y a aussi cette maison où ils se retrouvent souvent, sans s'y donner rendez-vous, cette maison qui leur est chère et qu'ils ont symbolisée par une pomme très appétissante et très verte : « Apple Corps », l'entreprise dont les acivités sont destinées à couvrir toutes les disciplines du disque, de l'édition musicale, du cinéma et de l'électronique, et qui a vu le jour en janvier 1968. « Apple », c'est dans Savîle Row, un petit cottage tout blanc, sobre et discret. Dans l'entrée, une immense peinture représentant John Lennon (assez récente puisqu'il y porte les cheveux très longs et des lunettes) est accrochée au mur. Une standardiste agréable, souriante, vous reçoit.
Au premier étage se trouve le bureau des Beatles, blanc, vaste et confortable, une lithographie de Brigitte Bardot épinglée au mur, ainsi que celui de leur assistant personnel, qui est d'une certaine manière le « patron » de la firme, Peter Brown. Les Beatles se rendent presque chaque jour à « Apple » lorsqu'ils sont à Londres, mais ce n'est pas forcément en même temps. Celui que l'on y rencontre le plus souvent, c'est John. Il y a d'ailleurs un second bureau qu'il partage avec Yoko Ono (la jeune Japonaise qu'il a épousée) et sur la porte duquel on peut lire : « Bag Production », (c'est-à-dire « Fourre-tout production »). C'est là qu'ils préparent les films et les disques dont ils sont les auteurs et qu'ils publient sous le pseudonyme de « Plastic Ono Band ». Et maintenant, poursuivons notre visite. Le second étage est destiné au service de presse. Vous y rencontrez des gens charmants, drôles et un peu fous, portant cheveux longs et robes très courtes. Personne ne s'occupe de personne. Le jour où je fis, presque solitaire, cette visite, les maîtres du lieu refaisaient la décoration de leur bureau ; ils changeaient de place les photographies des Beatles, ajoutaient quelques « posters » çà et là, riaient, servaient du thé. A la tête de ce service de promotion se trouve Derek Taylor, qui fut un temps journaliste, puis assistant personnel de Brian Epstein, assisté de Miss Mavis Smith. Au troisième étage se tient le service de comptabilité, et au quatrième celui de l'édition musicale.
A la naissance du groupe, John et Paul étaient les seuls auteurs-compositeurs ; afin de publier leurs chansons sous leur propre contrôle, ils créèrent, en 1963, une société qu'ils baptisèrent « Northern Songs Co. », société qui existe toujours, dont les actions ont été cotées en bourse, et qui continue d'être parfaitement indépendante d' « Apple ». Lorsque George Harrison (en 1965), puis Ringo Starr (en 1966) commencèrent à leur tour d'écrire de la musique, ils décidèrent de s'associer pour fonder, eux aussi, une maison d'édition 1 ainsi naquit, en décembre 1967, - Apple Songs » qui édite, d'une part toutes les chansons de ces deux Beatles, d'autre part toutes les compositions dont « Apple Records » assure l'enregistrement.
Au nombre des vedettes d'« Apple»: les chanteurs Jackie Lomax et Billie Preston, le Plastic Ono Band (l'orchestre de Yoko et John), les White Trash (nouveau groupe qui vient d'enregistrer, à son tour, « Carry that weight »), les Iveys, le Rhada Krishna Temple (un groupe hindou : longues robes, têtes rasées, le « chouchou » de George Harrison, qui interprète des chants religieux) et, bien sûr, la grande vedette des disques « Apple » (après les Beatles eux-mêmes), celle qui a rapporté un disque d'or à « la maison », avec « Those were the days », Mary Hopkin. D'elle, c'est Paul qui s'occupe le plus. Elle participait à un crochet, un soir, à la télévision ; Twiggy la vit et trouva qu'elle avait une voix merveilleuse. Elle téléphona aussitôt à Paul McCartney et lui dit qu'il devait essayer de de la retrouver. Les services d' « Apple » entrèrent aussitôt en action : ainsi Mary Hopkin fut- elle « appelée » (sans mauvais jeu de mots) et devint-elle, très vite, la charmante et la plus « grosse » vedette « Apple ». Notons, ici, ce détail : Mary et les Beatles sont les seules vedettes, chez « Apple », qui continuent d'enregistrer leurs disques dans les studios de la compagnie « E.M.I. ». Toutes les autres enregistrent les leurs dans ceux d' « Apple » même, au quatrième étage de la maison. On l'a donc compris : l'activité de chacun des Beatles, dans cette entreprise, n'est pas réellement définie.
Pour que la firme, cependant, « tourne » bien, John, Ringo, Paul et George en ont confié la direction à quelques collaborateurs compétents : Peter Brown (déjà cité) ; Doris Troy, un Américain de vingt-huit ans, chargé de s'occuper de l'édition et qui, à l'occasion, écrit lui-même quelques mélodies pour tel ou tel groupe de la maison ; Alexis Madras, un ingénieur grec, chargé du secteur électronique ; et Neil Aspinall, responsable de la branche cinématographique. Pour les fêtes de fin d'année, deux films doivent sortir sur les écrans, proposant les Beatles en vedettes ; l'un, dont Ringo est le personnage principal, s'intitule : « The M3gîc Christian » (Le Chrétien magique) ; la musique en est, bien sûr, interprétée par un groupe de la maison, les Iveys. Puis il y a, plus important encore, « Get Back ». Ce film, d'une durée d'une heure et demie, montrera comment fut enregistrée, en studio, la chanson « Get Back ». Dans cet empire des Beatles, une chose, pourtant, ne marcha pas « comme sur des roulettes » : le petit commerce. Entendez par là que les Beatles avaient acheté un bâtiment dans Baker Street, dont ils firent une boutique « Apple »; on y trouvait de très jolis vêtements hindous, des colliers et des bagues ; on y rencontrait fréquemment Twiggy ou Donovan." La façade de cette boutique était peinte : elle représentait une tête d'Indien. Le public londonien bouda cette façade gaie et colorée ; elle fut donc lessivée, repeinte et l'on n'en parla plus.
Quand ils ne s'occupent ni d'affaires ni de musique, à quoi les Beatles se consacrent-ils ? John Lennon prépare un nouveau livre, très différent de ce qu'il a pu écrire jusqu'ici. Paul s'est marié, il y a peu, à la jolie Linda Eastman (ce reporter américain venu l'an dernier à Londres pour l'interroger et le photographier, et qui finit par l'épouser) ; ils viennent d'avoir une très belle petite fille, Mary Mc-Cartney. George, toujours passionné par les Indes, s'y rend fréquemment avec son épouse, le mannequin Pattie Boyd. Et Ringo, en silence mais avec beaucoup d'énergie, s'affirme de plus en plus comme un excellent comédien. Les jours où tout le monde n'est pas gai, chez « Apple », où l'on ne chante pas à tous les étages, Allen Klein, l'imprésario des Beatles, recommande aux plus découragés la lecture du « Magazine Financier ». Ce conseil s'explique : quittant « Apple », j'entrai dans un kiosque à journaux et demandai le magazine en question : ce fut pour y découvrir que les actions en bourse de « Northerm Songs Company » — c'est-à-dire celles des Beatles — se trouvaient, aujourd'hui en hausse (prix de l'action : 245 F, le 18 novembre ; prix de la même : 259 F, le 19).


Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire