Musica Disques - 1964 - N°120 - Mars
Par Stéphan B., vendredi 27 novembre 2009 à 17:37 :: Musique :: #57 :: rss

Cette espèce de « phénomène Beatles » s'explique aisément et de plusieurs façons. D'abord, ils apportent un nouveau souffle de vie au rock que l'on croyait mourant ; ils le relancent avec une sonorité nouvelle et originale due à des harmonies différentes, à la contribution vocale de chacun des membres du groupe, à une grande utilisation de l'aigu dans le chant. Leurs voix sont justes et savamment orchestrées, il sont bons musiciens, leurs mélodies inédites sont jolies et accrocheuses.
Ils sont quatre. Ils sont anglais, fous, adorables. Ils sont musiciens, ils chantent, ils sont bourrés de talent. Ils mettent la vieille Angleterre à feu et à sang ; ils la tirent de sa léthargie, lui arrachent sa pudibonderie de façade et la mettent en transes. Ils, ce sont Paul McCartney, John Lennon, George Harrison, Ringo Starr. Paul et John sont les auteurs-compositeurs de toutes les chansons de groupe, et le « Lennon and McCartney Songbook » contient déjà assez de matière pour leur permettre de faire des disques pendant au moins vingt ans. Paul tient la guitare basse et chante en solo ainsi que John (guitare rythmique d'accompagnement). A la guitare solo, George, et à la batterie Ringo Starr, de son vrai nom Richard Starky : il a été surnommé « Ringo » parce qu'il porte toujours de nombreuses bagues (et bague se dit « ring » en anglais).
Le virus de ce qu'en Angleterre on appelle le « Beatlemania » a franchi allègrement le Channel. Les Beatles ont fait la conquête de Paris et de la France lors de leur passage à l'Olympia en janvier ; en l'espace de quelques jours, tout le monde s'est mis à fredonner « She loves you, yeah ! yeah ! yeah ! ». Même leur célèbre coupe de cheveux (longs et ramenés en frange sur le front), qui fait depuis plusieurs mois fureur en Angleterre, a été adoptée par les teenagers français ; on a même assisté à un véritable rush dans les magasins qui vendaient les perruques « Beatles ».
Cette espèce de « phénomène Beatles » s'explique aisément et de plusieurs façons. D'abord, ils apportent un nouveau souffle de vie au rock que l'on croyait mourant ; ils le relancent avec une sonorité nouvelle et originale due à des harmonies différentes, à la contribution vocale de chacun des membres du groupe, à une grande utilisation de l'aigu dans le chant. Leurs voix sont justes et savamment orchestrées, il sont bons musiciens, leurs mélodies inédites sont jolies et accrocheuses. Excellents showmen, ils galvanisent leur auditoire et chauffent une salle en jouant sans écho et avec un jeu de scène relativement sobre. Leur forte personnalité, leur présence, leur charme, car il s'agit bien là de charme, sont sans doute leurs grands atouts.
Le groupe des Beatles s'est formé en 1958. Ne leur demandez surtout pas où ils sont nés, ils se mettraient à rire et répondraient n'importe quoi : en Angleterre, chacun sait bien qu'ils sont originaires de Liverpool et ils ont rendu célèbre le nom de la rivière Mersey. Depuis, Liverpool s'est du reste révélé être le berceau du rock anglais : toute une vague de formations du même style et souvent de fort bonne qualité y est apparue : Gerry and the Pacemakers, the Swinging blue jeans, the Mersey beats, the Fourmost, etc.
Les Beatles ont commencé à jouer ensemble à Liverpool dans les clubs et les bals, mais ils ont trouvé leur style et ont commencé à l'imposer au cours de plusieurs séjours à Hambourg ; c'est de cette époque que date leur coiffure. Ringo Starr n'était pas encore parmi eux, Pete Best tenait la batterie, il y avait un cinquième musicien, le beau Stuart, qui devait mourir par la suite d'une grave maladie. Puis à Liverpool, leur renommée fut telle qu'elle vint aux oreilles d'un directeur artistique de chez Parlophone qui leur signa un contrat. Leur premier disque, un 45 tours simple, sort en automne 1962, avec « Love me do » : quarante-huit heures après sa sortie dans le commerce, il y avait assez d'exemplaires vendus pour qu'il paraisse dans les « charts » (listes de popularité). Leur second disque, « Please, please me », devient numéro un et reste dans les charts de février à mars 1963. Un album est alors publié, qui sera l'album le plus rapidement vendu de l'année. Un troisième 45 tours paraît à la mi-avril avec « Thank you girl » et « From me to you », qui sera, du reste, remplacé en juin par une chanson tirée de « The Lennon and McCartney songbook » mais interprétée par Billy J. Kramer and the Dakotas : « Do you want to know a secret ». Leurs autres hits sont : « I saw her standing there », « She loves you », « Twist and Shout », « It won't belong », « I wanna hold your hand » (numéro un en Angleterre et au Cash-Box aux U.S.A.). Ces disques sont distribués en France sous l'étiquette Odéon (C.B.S.).
Ils ont en moyenne vingt ans, ils travaillent énormément et adorent ce qu'ils font. Dès qu'ils ont un peu de liberté, ils savent s'amuser, boire, rire mieux que n'importe qui. Ils vivent à 100 à l'heure. Ils sont merveilleusement fous, simples, sympathiques. Ils méritent bien leur succès foudroyant.


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