Salut les Copains - 1968 - N°71 - Juin
Par Stéphan B., mercredi 16 juin 2010 à 13:04 :: Musique :: #66 :: rss

Le Maharishi est un homme heureux et riche, bien que les accusations pleuvent sur lui, notamment de la part de ses collègues yogis et gurus qui qualifient son école de « plus grand chapiteau du monde » et accusent Sa Sainteté d'arrivisme, d'égoïsme, de matérialisme et d'exhibitionnisme.
L'édito du Nine Pour Bonsoir Paris !
Les jolies colonies de vacances ...
Parce qu'il avait décidé, comme John, Paul, George et Ringo, de suivre les cours du Maharishi Mahesh, le journaliste Arnaud de Rosnay (http://www.arnaudderosnay.com/) a été autorisé à photographier les Beatles aux Indes.
C'est donc un véritable de travail de (bon) journaliste que ce SLC de juin 1968 nous propose pour suivre les aventures de nos scarabées préférés dans la jolie colonie de vacances de leur cher (très cher) Guru.
Guru de la fortune ... si j'osais.
Et j'ose.
La première partie de ce bel article ne déparerait pas dans un "Géo". On y apprend où se situe l'école de méditation trancendantale dirigée par le Maharishi Mahesh. On nous indique même les formalités d'inscription et le nom de la personne à contacter. Mais attention ! Il faut montrer patte blanche et, encore mieux, un relevé de compte en banque qui indique que vous avez les moyens de bénéficier des précieux enseignements.
Alors, avec armes (quelques guitares) et bagages, les Beatles se sont installés pour quelques temps dans le monastère de Sa Sainteté.
Les belles photos d'Arnaud de Rosnay nous montrent un Lennon, très cool, barbu, caméra au poing se baladant, comme un parfait touriste, en compagnie du Divin Barbu.
On découvre que l'ashram est une véritable entreprise et que la vie à l'intérieur de l'école y est réglée comme du papier à musique, ce qui n'est pas idiot quand on connaît l'identité des hôtes de marque dont le séjour nous est relaté.
Les Beatles ne sont pas des élèves très assidus et ils sèchent régulièrement les premières heures de cours de la journée, lesquels comment à 3 heures du matin par un bain froid dans le Gange. Il faut avouer qu'on peut facilement les comprendre ... Un des clichés du reportage nous montre d'ailleurs les Beatles enmitouflés dans des couvertures, tels des boat-people rescapés d'un naufrage.
Décidément, les colonies de vacances ne sont plus ce qu'elles étaient, même au temps de Pierre Perret ...
Quant à la nourriture : pas de viande, pas d'oeufs et pas d'alcool. On se demande bien ce qu'il peut rester après ça ... riz, lentilles, salade et eau bouillie. Evidemment, ils sont anglais mais ce sont quand même des êtres humains, non ?
Allez ! Bonne lecture ! Et allez jusqu'au bout de l'article car nul n'est autorisé à sortir de l'ashram. Tout du moins jusqu'à ce qu'il reste quelque chose sur le compte en banque ...
Le Maharishi n'est pas fou.
Claude DEFER

Après les quatorze heures d'avion de Londres-New Delhi (capitale de la république indienne), il vous faut louer une voiture pour vous rendre à Rikhi-kesh, la ville religieuse située sur les bors du Gange, le fleuve sacré des Indes. A quatre-vingts kilomètres de Delhi, Rikhikesh est une ville presque entièrement composée d'ashrams (couvents) habités par neuf à dix mille moines et gurus de toutes sortes.
Personne n'aurait jamais entendu parler de Rikhikesh si depuis quelques mois les Beatles au grand complet, avec femmes, secrétaires, amis, guitares et bagages, ne s'étaient rendus dans le magnifique couvent du Maha rishi Mahesh, quartier général de ces écoles de méditation transcendantale. Mais n'y est pas admis qui veut. Pour pouvoir y pénétrer, il est nécessaire de montrer patte blanche. L'ashram du Maharishi n'est pas ouvert au premier venu. Gare à vous ! Ses gardes armés de bâtons pourraient vous le rappeler. Un photographe anglais, qui poursuit aujourd'hui le Maharishi pour avoir été bastonné par ses sbires, l'apprit à ses dépens.

Toutefois, si vous êtes une célébrité ou un disciple fortuné, la procédure est la suivante : dès votre arrivée à Rikhikesh, vous vous débrouillez pour trouver un téléphone, vous appelez le 121, vous demandez M. Sarech (c'est le public relations de Sa Sainteté). Après vous être fait connaître ou reconnaître, M. Sarech vous demandera de traverser le Gange sur le pont suspendu et d'attendre à son autre extrémité la voiture du couvent. Vingt minutes plus tard, vous verrez arriver une Fiat 1100 blanche brinquebalante et pourrie qui vous emmènera sur une route épouvantablement défoncée. Vous longerez la rive gauche du grand fleuve pendant deux kilomètres. Le voyage sera entrecoupé par différents contrôles et barrages de police. Finalement vous arriverez à l'ultime barrière qui marque l'entrée de l'école et devant laquelle campent, dans de petites tentes, sous des parasols, des groupes de photographes hindous ainsi que des mendiants qui, pour une poignée de roupies, s'empressent de transporter guitares, valises et autres sitars des visiteurs.
Une fois cet ultime barrage franchi, vous pouvez pénétrer dans le monastère de Sa Sainteté où une soixantaine d'élèves (pour la modique somme de 500 dollars par trimestre) s'initient aux joies de la méditation transcendantale. En majorité ce sont des Scandinaves et des Allemands, plus une poignée de Canadiens et d'Américains, quelques Anglais, une Française, et bien sûr, John, George, Ringo, Patti Harrison et sa sœur Jenny, Cynthia Lennon, Jane Asher, Maureen Starkey, Donovan, Mike Love (des Beach Boys), Mia Farrow (ex-femme de Frank Sinatra) et le flûtiste Paul Horn, suivis d'une troupe de journalistes et photographes anglais et américains.

L'ashram s'étend sur une dizaine d'hectares. C'est un grand parc tropical entouré de murs, situé sur un plateau dominant le Gange. Le personnel comporte, outre Sa Sainteté et une demi-douzaine de gurus professeurs, son attaché de presse, son photographe personnel, son trésorier, son coiffeur et son cuisinier européen, une quarantaine de molnillons et de domestiques, y compris quatre tailleurs qui fabriquent à longueur de journée des trousseaux adaptés au climat pour les nouveaux arrivants.
Le parc est compartimenté par des petites routes sablées séparant les différentes parties de l'école. Sur la droite de l'entrée principale, se trouvent quatre bungalows luxueux, sans étage, entourés de balcons et de terrasses. Les deux premiers sont occupés par les Beatles et leur suite ; ils sont pourvus d'électricité, d'air conditionné, d'eau courante, d'une salle de bains et meublés dans le style hindou : tapis sur les murs et coussins au sol. L'appartement de George est encombré d'instruments de musique. John, George et Paul avaient heureusement pris soin de se munir chacun d'un magnétophone et d'emporter leur guitare. Vous en verrez l'utilité plus tard...

Le reste des disciples s'entasse plus ou moins bien dans les autres bungalows, souvent à plusieurs par pièce. Certains même devaient dormir sous la tente, à deux pas de l'imprimerie où se fabriquent les posters, les brochures et autres prospectus du Maharishi ainsi que son best seller international (que personne n'a encore eu le courage de traduire en français et qui a déjà été vendu à cinq cent mille exemplaires : « Baghda Chiva » ou « Comment devenir un guru en quinze leçons ».
Il faut encore compter les bâtiments des gardes, des serviteurs, de l'intendance et des services administratifs. Au centre du parc s'élève un grand bâtiment de bois et de béton : c'est le grand hall de méditation collective. Tout au bord du plateau, les cuisines et les salles à manger en plein air sont à l'opposé de la maison du Maharishi, laquelle est entourée de quelques petites maisons pour méditation solitaire. Elle comporte une salle d'initiation pour les nouveaux disciples, la chambre et la cuisine où officie le chef personnel du Maharishi. La vie à l'intérieur de l'école est réglée comme du papier à musique. Voici un emploi du temps type des élèves pour vingt-quatre heures.

La méditation doit commencer chaque jour théoriquement à 3 heures du matin après un bain pris dans les eaux froides du Gange, proche de sa source himalayenne. Puis les disciples se rendent en groupe dans le grand hall de méditation pour une séance de deux heures. Des élèves en position de lotus, assis par terre dans un grand silence et sans un mouvement, font le vide en eux-mêmes. De 5 heures à 7 h 30, la prière et les chants se déroulent, entrecoupés de séances de yoga. Les Beatles et leurs amis y brillaient généralement par leur absence. On les voyait plus volontiers apparaître vers 9 heures pour se joindre aux autres élèves lors du breakfeast végétarien de 10 heures qui avait lieu dans les salles à manger en plein air. Au menu : café, thé, pâtisseries, salades de fruits. Sont sévèrement proscrits : la viande, l'alcool et les œufs.

A 11 heures, les Beatles allaient rendre visite à Sa Sainteté pour une séance de méditation privée sur le toit de sa maison. A 13 heures, déjeuner : riz, lentilles, salades, le tout arrosé d'eau bouillie. A 15 heures, nouvelle réunion sur le toit jusqu'à la tombée de la nuit. A 19 heures : dîner. A 21 heures, les cours commencent dans le grand hall. Tous les élèves sont présents et chacun dispose d'un siège, d'un crayon et d'un cahier pour prendre des notes. Les cours sont en anglais et donnés par le guru en personne. On est autorisé à demander des explications et à poser des questions. Chacun doit s'introspecter, raconter ses expériences et les progrès de sa journée. La leçon se termine à 22 h 30 et tout le monde va dans la salle à manger pour prendre le café, puis rentre chez soi. C'est à ce moment que les Beatles et leurs amis se retiraient chez eux pour discuter et jouer de la musique jusque tard dans la nuit, nul n'étant autorisé à sortir de l'ashram.

Le Maharishi est un homme heureux et riche, bien que les accusations pleuvent sur lui, notamment de la part de ses collègues yogis et gurus qui qualifient son école de « plus grand chapiteau du monde » et accusent Sa Sainteté d'arrivisme, d'égcïsme, de matérialisme et d'exhibitionnisme.
D'autres vont même jusqu'à l'accuser de sacrilège, déclarant que le Maharishi va à rencontre des principes les plus élémentaires de la vie spirituelle, en monnayant son enseignement et en n'acceptant que des élèves riches et célèbres. Certains même discutent sa qualité de vrai yogi et déclarent qu'il n'était encore il y a quelques années qu'un moine de dernière classe, humble employé de Shankarara-cheraya, le fondateur de son ordre, et qu'à force d'intrigues et de publicité (discipline méprisable pour un sage) il s'est hissé au sommet de la hiérarchie à la mort de son maître.
Le but de Sa Sainteté, c'est, déclare-t-il, d'apporter par la méditation transcendantale la paix dans le monde. Mais, me direz-vous, nous ne comprenons toujours pas ce qu'est la méditation transcendantale ! Rien de plus simple, en fait. Plus qu'une religion ou qu'une philosophie, c'est avant tout une discipline de vie commune à la plupart des sages hindous. M. Mahesh n'a pas beaucoup innové en la matière.

L'homme moderne n'utilise de façon régulière et normale que 10 % de son potentiel intellectuel ; 90 % restent inemployés. Des milliers de pensées rentrent et sortent de notre cerveau sans être mises à jour. La méditation transcendantale permet à l'homme de se découvrir lui-même et lui apprend à se mieux connaître. EHe se pratique seule ou en groupe dans le silence et l'immobilité. Le maître donne à chacun de ses élèves, suivant sa personnalité, un « mantra » (thème de méditation). Le soir, au cours de la réunion après le dîner, l'élève rend compte au maître de son expérience... La méditation ne va pas sans une vie saine, de régime végétarien, ni sans l'étude du yoga.
La poursuite approfondie de ce régime vous fait parvenir, au dire du maître, à la paix et à la sérénité de l'âme, à la santé du corps, en un mot au paradis sur la terre. Ceux d'entre vous qui voudraient de plus amples renseignements peuvent écrire à : The Spiritual Régénération Movement Fondation of Great Britain, Grosvenor Place, Belgravia, Londres (Angleterre). Que faisaient les Beatles au milieu de tout ça ? Je dois vous avouer qu'ils n'ont pas été des élèves très assidus.

Ils restaient la plupart du temps dans leur maison, se consacrant à des activités plus terre à terre, comme celle d'écrire de nouvelles chansons, et ne consacraient qu'un minimum de temps aux cours et à la méditation. Je crois qu'ils étaient avant tout très heureux de pouvoir mener, pendant deux à trois mois, une vie calme, tranquille, un peu à la Robinson Crusoë, en compagnie de leurs amis. A la fin du séjour, aucun d'entre eux n'obtint le diplôme d'élève professeur. Cependant Paul mérite une mention honorable car il consacra régulièrement quatre à cinq heures par jour à la méditation. Le suivaient dans l'ordre : John (trois heures) et George (deux à trois heures). Ce dernier était trop occupé par la musique hindoue. Le bonnet d'âne devait revenir à Ringo, qui ne resta que trois semaines dans l'ashram où il ne cessait de tourner en rond, de s'ennuyer, frisant la crise de neurasthénie. Il choisit le premier prétexte venu pour retourner en Grande-Bretagne avec sa femme Maureen.
Quel est le résultat de l'expérience hindoue des Beatles ? Ont-ils changé ? Personnellement, je ne le crois pas. Ils y ont acquis très certainement plus de calme et d'équilibre, mais ce fut surtout pour eux une agréable façon de passer des vacances. De leur séjour, John et Paul ont ramené dans leurs bagages plus de trente nouvelles chansons, n'ayant d'ailleurs aucun rapport avec les Indes et le Maharishi.
Dès le début du mois de mai, ils se sont retrouvés au studio afin d'enregistrer un nouveau 45 t. simple et un nouveau 33 t. Aux dernières nouvelles, George se trouvait toujours aux Indes et s'employait à tourner un film aux côtés de Ravi Shankar.
Arnaud DE ROSNAY (http://www.arnaudderosnay.com/)


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