Bonjour les Amis - 1964 - N°24 - Février
Par Stéphan B., lundi 12 juillet 2010 à 10:15 :: Musique :: #68 :: rss

Enfin Les Beatles. On attendait beaucoup. On attendait trop. La légende faite autour de leur nom était plutôt un handicap. Aussi fut-on étonnés de ne pas les voir déclencher l'hystérie ! ... Pourtant, il y a longtemps que je n'avais vu et entendu une formation aussi bonne. Ce sont de merveilleux rock and rollers .../...
Ce fut la plus belle soirée que nous ayons eue à l'Olympia depuis fort longtemps. A l'affiche : Trini Lopez, Sylvie Vartan et Les Beatles. Un grand et beau programme.
La courageuse Sylvie Vartan.
Pour avoir été depuis toujours l'adversaire de Sylvie, et pour avoir toujours déploré cette situation (!) je suis content de pouvoir enfin en dire du bien.
Oh, ce n'est pas encore extraordinaire. Mais enfin ! Elle a pris un risque énorme en se présentant à l'Olympia aux côtés de grandes vedettes. Cela est courageux et mérite d'être souligné. Son répertoire est très très bon, et cela aussi mérite des félicitations.
Enfin, tout est au point dans son tour de chant, depuis l'orchestre, les chœurs, en passant par la tenue en scène de la chanteuse.
Elle est maintenant en gros progrès. A-t-elle atteint son plafond ? On ne sait... Il y a beaucoup de travail derrière cela... Et sa manière de foncer pour casser la « baraque » est très sympathique. Bravo à la grande « débutante » Sylvie Vartan.
Trini Lopez triomphe
Avec Trini Lopez, il n'y a pas de problème. Dix ans de métier lui ont appris à manier un public. Il ne chante que des tubes. Il les chante bien et très exactement de la même manière qu'en disques. Il obtient chaque soir un juste triomphe. Ses capacités vocales sont étonnantes et sa séduction très efficace.
Les Beatles comme prévu
Enfin Les Beatles. On attendait beaucoup. On attendait trop. La légende faite autour de leur nom était plutôt un handicap. Aussi fut-on étonné de ne pas les voir déclencher l'hystérie !...
Pourtant, il y a longtemps que je n'avais vu et entendu une formation aussi bonne. Ce sont de merveilleux rock and rollers. Les esprits grincheux me diront que le rock est un peu périmé, etc. A la vérité, le mauvais rock est périmé, pas celui des Beatles. Ils jouent bien, chantent bien et se tiennent parfaitement sur scène.
A n'en pas douter ils sont sans doute les premiers du monde. Meilleurs que les Shadows dans la mesure où l'on peut comparer les deux genres.
Oui, ce spectacle de l'Olympia est vraiment celui des idoles des jeunes. Il est encore temps d'aller le voir. Courez-y ! ...
Philippe DRALLIAM.
MAINTENANT qu'ils sont des vedettes, on se plaît à crier au miracle. Pourtant, « Les Beatles » sont loin d'être des nouveaux venus et leur réussite n'est absolument pas une surprise pour les initiés.
En fait, il y a maintenant deux ans que l'on parle d'eux ; deux ans qu'ils sont sortis de l'anonymat. Seulement ils sont Anglais et le public français les ignorait. Pour lui, ce fut, et c'est encore une révélation. Une sorte de miracle, comme on en voit un par an dans le monde du rythme. Miracle qui se concrétise actuellement d'une manière particulièrement brillante à l'Olympia parisien, Et pourtant... Leur carrière professionnelle a vraiment démarré en 1962, en Allemagne, époque où ils accompagnèrent le chanteur Tony Shéridan. Dans le même temps, ils jouaient dans une boîte de Hambourg. On se rend donc compte qu'ils étaient déjà vedettes internationales.
Tout commença en décembre 1960. Selon les biographies, cela se passa à l'hôtel de ville d'une petite ville proche de Liverpool. Ce jour-là, ils obtinrent pour la première fois, le privilège de monter sur scène. Ils firent un triomphe.
Un style
Mais une fois encore, il faut remonter en arrière. En 1958, pour être précis !... En effet, c'est à cette date que « Les Beatles » naquirent. Il y a donc six ans de cela. Ils se sont connus à l'institut de Li-verpool. Au début, ils n'étaient que trois : John Lennon, guitare rythme, Paul Mac Cartney, guitare basse et George Harrison, guitare solo. Quelques mois plus tard, Ringo Starr le batteur vient se joindre à eux.
On sait peu de chose de leurs deux premières années « d'existence ».
— On travaillait. Mais on n'a vraiment commencé à prendre ça au sérieux que le jour où on est montés pour la première fois sur scène. Avant on jouait surtout pour s'amuser. Cependant, chaque jour, on répétait trois ou quatre heures. Sans commentaire...
— Nous avions un professeur qui nous a rudement aidés. Mais à cette époque, nous étions loin d'avoir notre style vocal. C'est tout juste si nous chantions une chanson. « D'autre part, nous ne nous étions pas encore créés, ce style « Beatles » qui fait maintenant partie de notre personnage.
Ce style, avouons-le est assez extraordinaire. De la tête aux pieds, il est original. Il y a tout d'abord la chevelure, on peut bien dire la tignasse. Il est difficile de la décrire. Voyez les photos. Ça ressemble assez à une perruque de clown. Rien que cela, lorsqu'ils ont débarqué à Paris les faisait remarquer.
La mode
Quant à leur costume, il fait plutôt penser à celui des valets d'un château de province. Ne parlons pas des chaussures, genre gondole vénitienne, qui elles, évoquent tout à fait le début du siècle. Bref, le tout mélangé, vous a un petit air très anglais assez comique. Mais enfin, il faut croire que « c'est dans le vent » puisque la télévision nous a appris récemment que des boutiques vendaient, en Angleterre, des tenues complètes de « Beatles » à des milliers de fans. Il paraît même que la France va se mettre sur les rangs. Aurons-nous, nous aussi, des perruques à 14 francs ? On a beau aimer (beaucoup aimer) le groupe, je né pense pas que nous cédions à la mode.
Le plus grand secret
Dans la vie, « Les Beatles » sont maintenant des garçons très préoccupés. En effet, il leur est difficile de passer inaperçus et de vivre comme tout le monde. Aussi passent-ils le plus clair de leur temps à répéter et à aller au cinéma. Mais ce qui est curieux, c'est qu'on ne les voit jamais répéter de nouveaux morceaux.
— Lorsque nous décidons de créer quelque chose de nouveau, nous nous préparons toujours dans le plus grand secret. Il arrive même que l'un de nous compose un morceau sans prévenir les autres. Un jour, il nous demande de l'écouter et il nous joue son truc. Si ça nous plaît, on le travaille et surtout, l'un de nous s'efforce d'écrire les paroles d'une chanson.
Tous nos succès personnels ont été composés ainsi.
Pas d'écho
Côté technique, la grande caractéristique des « Beatles » est de travailler sans chambre d'écho.
— C'est là que réside notre originalité.
Ce point est capital. Nullement « écrasés » par la musique, les textes des chansons « sortent » parfaitement. Et aussi, « Les Beatles », pour la première fois dans l'histoire des forma- tions, réussissent vraiment à obtenir une complète harmonisation entre le vocal et le musical. Cette synthèse des deux, que « Les Missiles », en France, tentent également avec succès, est avec le groupe anglais d'une forme extrêmement classique, parce que paradoxalement, ils adoptent pour y parvenir, un procédé révolutionnaire. Cela ne veut absolument pas dire qu'ils renient ce qu'il y a de plus beau dans le rock, qu'ils étouffent les effets de leurs guitares, mais qu'ils « humanisent », qu'ils « domptent » les sons.
Pour se permettre cela, il faut naturellement qu'ils soient de très bons musiciens. Car il est difficile de passer la rampe sans écho. La moindre faute est remarquée.
L'unification rythmique
Il n'est pas nécessaire de vous les présenter artistiquement. Ce qui est remarquable c'est qu'ils ont été influencés à la fois par les rock and rollers et les bluesmen. Ils avouent d'ailleurs préférer Ray Charles à Elvis Presley. Evolution significative que nous annonçons depuis longtemps déjà. Avec eux, prend corps, pour la première fois, l'unification rythmique qui doit un jour ou l'autre réunir tous les styles de fa chanson moderne. Qu'ils aient une manière spéciale de s'exprimer est autre chose ; ce qu'il faut retenir c'est que désormais la voie est ouverte aux rock and rollers suffisamment généreux pour donner plus d'élan au mouvement lancé par « Les Beatles ». Cela va très loin.
En conclusion, nous joignons leurs biographies. Elles sont révélatrices et leur étude n'est pas inutile. Parions qu'on parlera d'eux encore longtemps et que leur carrière sera au moins aussi longue que celle des « Shadows ».
Frédéric NOISSO



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