Formidable - 1965 - N°1 - Octobre
Par Stéphan B., lundi 21 juin 2010 à 10:40 :: Jeunesse :: #65 :: rss

Dire que les Beatles ne sont plus dans le vent serait peut-être un peu exagéré, mais une chose semble claire : ils ne sont plus ce qu'ils étaient ces derniers mois. Les Beatles sont devenus beaucoup plus sophistiqués, ce ne sont plus des idoles, mais plutôt de grands artistes ; leurs disques continuent à se vendre, leurs films remportent toujours un vif succès..., mais si on se demande vraiment qu'est-ce qui est dans le vent en ce moment en Grande-Bretagne .../...
L'édito du Geeloo Pour Bonsoir Paris !
"La mort des Beatles" dès Octobre 1965 !
Oui, braves gens incrédules, voilà ce qu'on nous avait caché et qui nous est révélé ici...
Avec FORMIDABLE, "le mensuel de tous les jeunes", nous allons découvrir qui sont ces 4 jeunes anglaises qui viennent de sortir leurs premiers disques en Angleterre et qui, cela ne fait aucun doute, vont tout renverser sur leur passage et "tuer" les Beatles, ces fameux Beatles devenus en un peu plus de deux années des icônes mondiales, plus célèbres qu' Elvis et Jesus, euh non Jesus pas encore...
Nous sommes donc à l'automne 1965, année riche en évènements musicaux fondateurs qui va s'achever en apothéose avec la parution du 6ème 33 tours des Beatles, le novateur "Rubber Soul"...
Dans son 1er numéro, FORMIDABLE se demande alors si les 4 de Liverpool sont encore "dans le vent", si les Rolling Stones, les Kinks ou les Who ne vont pas les détrôner... Voilà le genre de question cruciale que se pose la jeunesse de 1965, et le mensuel FORMIDABLE, car dans ces années où tout bouge à la vitesse d'un Spoutnik on ne peut pas rester des "idoles" et être de grands artistes c'est évident...
Quant à nos 4 jeunes anglaises, seule une survivra aux 60's, la blonde et adorable Marianne Faithfull qui connaitra d'autres lendemains moins sages. Et le mag FORMIDABLE, pas plus que nos petites anglaises ne survivra à la déferlante de 1968...
Mais où est passée Dusty Springfield?
Gilles DUHAMEL


Dire que les Beatles ne sont plus dans le vent serait peut-être un peu exagéré, mais une chose semble claire : ils ne sont plus ce qu'ils étaient ces derniers mois. Les Beatles sont devenus beaucoup plus sophistiqués, ce ne sont plus des idoles, mais plutôt de grands artistes ; leurs disques continuent à se vendre, leurs films remportent toujours un vif succès..., mais si on se demande vraiment qu'est-ce qui est dans le vent en ce moment en Grande-Bretagne, on est obligé de reconnaître que depuis quelques mois les Beatles sont talonnés de près par les Rolling Stones, Animais, Kinks, Who et autres Zombies, mais aussi par de jeunes Anglaises dont les noms ne vous sont peut-être pas encore tout à fait familiers : Lulu, Cilla Black, Sandie Shaw et Marianne Faithfull.

LULU
A seize ans, Lulu est la plus jeune des chanteuses britanniques. Née à Glasgow où son père est boucher, Lulu étonnait tous les clients du magasin de son père en criant, d'une voix bien connue maintenant, des slogans publicitaires.
A l'école, qu'elle a quittée il y a à peine un an, elle ne travaillait guère et elle réservait toutes ses forces pour chanter le soir dans les divers clubs de la ville. C'est justement dans l'un d'eux qu'elle a été découverte par Marianne Massey, qui la dirige maintenant. Quelques semaines après elle quittait ses études pour enregistrer son premier disque, Shout. Les auditeurs de la B. B. C. ne pouvaient pas croire que la voix hurlante, presque hystérique qu'ils entendaient, appartenait à une jeune fille de quinze ans.
A la télévision, Lulu grimpait sur des caméras, sautait sur ses « fans » et bondissait partout, dans la meilleure tradition des Peaux-Rouges.
Son style, inimitable, est un mélange de la chanson traditionnelle et de... on ne peut pas dire, c'est Lulu. Il était 8 h 30 du matin quand je suis arrivé dans son appartement situé dans un quartier chic de Londres. A peine avais-je sonné que Lulu me lançait un croissant. Lulu est fanatique des croissants. Il y en avait partout, plus particulièrement sur ma cravate. La traditionnelle tasse de thé étant consommée, elle se précipita chez le coiffeur, où elle va tous les quatre ou cinq jours, non seulement pour coiffer ses cheveux, mais aussi pour y rencontrer son amie Dusty Springfield, chanteuse britannique très connue.
Vers 11 h 30, elle m'arrache au fauteuil où je l'attendais si patiemment pour m'emmener à sa maison d'édition où — pendant plus d'une heure — cette rousse de seize ans discuta de questions de haute finance. Pour déjeuner, elle choisit un restaurant hindou : Lulu trouve le curry formidable, « fabulous ». Aussitôt après, elle part à la B. B. C. pour enregistrer une émission et, dès son arrivée au studio, elle ne peut se dégager de la foule de centaines de « fans » que grâce à deux « bobbys » (policiers londoniens). A 17 heures, après l'émission, séance photographique puis petit drame : la voiture avec chauffeur est en panne, pas de taxis, et, « pour la première fois depuis un an », me confie-t-elle, Lulu prend l'autobus.
Dîner, encore dans un restaurant hindou — et moi qui ai horreur du curry ! — Vers 23 heures, bien tard pour une fille de 16 ans, le petit phénomène, comme l'appellent les ingénieurs du son, commence à enregistrer un autre disque; elle ne sera pas rentrée avant deux heures du matin.
Ce programme quotidien ne laisse pas beaucoup de temps libre à Lulu. D'ailleurs cela ne l'inquiète pas beaucoup : elle n'a qu'un passe-temps, dormir. Son ambition est de réussir dans la vie. Elle a tout !e temps...

SANDIE SHAW
— Ouh ! j'ai mal aux pieds !
Sandie Shaw venait de marcher pieds nus le long du trottoir londonien.
Même les personnes qui ne s'intéressent pas à la chanson savent que Sandie Shaw est la chanteuse aux pieds nus. Pourtant, il n'y a pas tellement longtemps< — l'année dernière pour être exact — Sandra Goodrich (le vrai nom de Sandie) travaillait dans une usine. Fanatique de Ray Charles et Adam Faith, elle se rendit un jour à un récital où Adam Faith et sa formation « les Roullets » participaient au spectacle. Après la représentation, Sandie se rendit dans la loge de ces derniers pour, tenter d'avoir des autographes. Elle se mit à chanter en présence d'Adam Faith qui, très impressionné, la présenta à son imprésario, Miss Evy Taylor, qui lui dressa un contrat.
Son premier disque As long as you are happy ne fut pas un succès, mais on lui accorda une autre chance et ce fut le fameux Always something there to remind me.
C'est au cours d'une émission de télévision qu'elle décida d'enlever ses chaussures. Il faisait très chaud, les chaussures étaient neuves, elle avait très mal aux pieds et les responsables de l'émission trouvaient cela amusant.
Sans doute la qualité de ses chansons et le fait qu'elle connaisse bien son public lui ont-ils permis de remporter un tel succès. Elle a le même âge — dix-huit ans — que la majorité de ses fans.
Pour se distraire, elle peint. C'est ainsi que j'ai pu remarquer un portrait d'Adam Faith. Elle écrit des poèmes et, comme toutes les autres chanteuses, elle adore le curry qu'elle mange parfois avec du yoghourt.
Elle est très myope, déteste porter des lunettes, sauf dés lunettes de soleil, bien entendu, car elle adore le soleil et cela lui manque en Angleterre. Après Cilla Black, c'est la chanteuse qui a vendu le plus grand nombre de disques en Grande-Bretagne. Ses disques sont assurés d'une place au Hit-Parade et ses 30 cm ornent toutes les vitrines des disquaires londoniens. Elle n'est pas à l'aise sur la scène, étant beaucoup plus habituée à l'enregistrement de ses chansons en studio et à la participation d'émissions radio-télévisées.
Sandie commence à être très populaire dans de nombreux pays (elle aime chanter en plusieurs langues). Il ne lui restait plus qpe la France à conauérir... C'est chose faite !

MARIANNE FAITHFULL
Marianne Faîthfull est la Françoise Hardy britannique, découverte, il y a à peine un an, par le directeur des Rolling Stones, lors d'une surprise-partie, Marianne enregistra son premier disque As tears go by quelques semaines après. Tout de suite, ce disque était classé au Hit-Parade. Après une émission de télévision « Ready Steady Go » — le « Têtes de bois Tendres années » de la TV anglaise — Marianne fut inondée de milliers de lettres d'admirateurs et d'admiratrices, au grand étonnement des dirigeants de l'émission, habitués au succès des Beatles. Ses chansons tristes, qu'elle chante accompagnée d'une seule guitare, reflètent la réserve et peut-être la timidité de Marianne et son caractère s'explique sans doute par le fait qu'elle ait passé une grande partie de sa jeunesse dans un couvent. Durant son séjour dans ce couvent, Marianne a appris à chanter, encore qu'elle admette ne pas avoir été la plus douée des élèves. Son espoir, à l'époque, était de s'inscrire à l'Université des Beaux-Arts de Londres; rêve qu'elle souhaitait réaliser bien après avoir été découverte et à vrai dire jusqu'à son mariage avec John Dunbar, un étudiant d'Oxford, au début de cette année. Son père, professeur à l'Université de Londres, aussi bien que sa mère, la « baroness » autrichienne
Erisso, y tenaient d'autant plus qu'ils étaient opposés, du moins au début, à la carrière de chanteuse que leur fille avait choise.
Lorsque Marianne n'est pas très occupée, « cela n'arrive pas très souvent », dit-elle, elle travaille en moyenne quinze heures par jour, passe son temps à peindre et à cuisiner des plats exotiques. Elle adore lire des contes pour enfants et le soir, dans son appartement somptueux situé dans le quartier de Knightsbridge, elle écoute ses disques préférés par l'intermédiaire d'un super-équipement stéréophonique, qui occupe la plus grande partie de sa salle à manger. Elle aime aussi aller au cinéma, mais cela pose quantité de problèmes vis-à-vis de ses « fans ».
Chaque matin, elle passe plus de deux heures à se maquiller et à se coiffer et elle se trouve déçue si personne ne remarque ses efforts. Elle aime enfin voyager et désormais elle aura l'occasion de visiter les nombreux pays où ses disques sont un succès. A dix-huit ans, Marianne Faithfull s'est assurée une place au Hit-Parade et ses disques ont converti les fanatiques du rythme à la chanson douce.

CILLA BLACK
« Je n'y crois pas. C'est formidable ! » s'écriait Cilla Black quand elle apprit qu'après seulement six mois de carrière comme chanteuse, son deuxième disque, Anyone who had a heart était n" 1 du Hit-Parade. C'était la première fois, depuis plus de deux ans, qu'une fille remportait un tel succès. Née à Liverpool, la ville natale des Beatles, Cilla quitta l'école à l'âge de quinze ans pour devenir sténodactylo. « J'avais toujours rêvé de devenir chanteuse », dit-elle.
Quand elle avait fini de travailler, le soir, elle chantait dans les clubs de la ville. C'est ainsi, il y a maintenant un peu moins de deux ans que Brian Epstein — le manager des Beatles — la découvrit et lui proposa un contrat. Aussitôt suivirent des émissions de télévision et des récitals un peu partout en Angleterre. Cilla consacre de nombreuses heures à son habillement, mais ce qui est étonnant : elle fabrique certains vêtements "elle-même et elle achète le reste dans des magasins bon marché.
« L'idée ne me viendrait jamais de payer plus de 14 000 anciens francs par vêtement » affirme-t-elle. Heureusement, mes « fans » ne se doutent de rien. Même quand je leur explique que je ne peux pas me permettre de dépenser beaucoup d'argent pour l'habillement parce que je suis obligée de ne pas porter deux fois la même robe en public, ils ne me croient pas. »
Parmi ses projets, Cilla envisage d'écrire un livre, justement sur Sa mode, très imitée en Angleterre. Comme Lulu, Cilla est fanatique de curry, elle n'aime pas les filles qui fument dans la rue, ni les œufs pas assez cuits. Son ambition secrète est de marcher eri arrière sur tout le long du fameux tunnel de Mersey. Etrange ambition peut-être, mais cela se comprend quand on songe que cette fille de vingt-deux ans a déjà atteint le sommet de sa carrière.



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