L'édito du Nine pour Bonsoir Paris !

L'art et la manière de saccager un nom prestigieux ...

"Salut les Copains" fut, dans les années '60, un mensuel de référence pour tous les jeunes amateurs de musique. Que ce soit les fans de la tribu des "yés-yés" (Johnny, Sylvie, Claude François, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, France Gall etc.), les fans de ceux qui étaient populaires sans appartenir à cette tribu (Adamo, Hugues Aufray etc.), et puis, enfin, les fans des groupes d'Outre-Manche et d'Outre-Atlantique. Et les Beatles étaient régulièrement à l'honneur dans les pages du magazine mais aussi, dans une moindre mesure, les Rolling Stones, les Animals etc.

La pagination était abondante, même s'il y avait beaucoup de pages de pub. Le papier était de bonne qualité et des photographes de grand talent (tel Jean-Marie Périer) y officiaient pour le plus grand bonheur des murs de nos chambres d'ados. Ce qui explique d'ailleurs, soit dit en passant, la diffuclté que l'on rencontre à trouver d'occasion des numéros complets et sans découpages.

Mais voilà, tout fout l'camp, ma bonne dame ... et "Salut les Copains" devint "S.L.C.", devint hebdomaire et devint hélas, un peu (beaucoup) raccoleur.

Ne parlons même pas de la pagination bien réduite sous ce format hebdomadaire - mais, après tout, cela peut se comprendre. Ne parlons pas non plus de la qualité du papier. Quant aux belles images, soignées et bien mises en scène par un artiste de génie, elles avaient tout simplement disparu.

Evidemment, Paul est désigné comme le responsable de la séparation du groupe. Malheur à celui qui dit tout haut ce que beaucoup (mais pas nous, les petits fans de base) savaient déjà depuis longtemps.

Nous avons donc droit au petit texte dactylographié par lequel Paul rendit publique l'annonce.

Mais, ensuite, quel festival lorsque l'auteur de l'article (je n'insulterai pas le mot de journaliste en qualifiant cette personne ainsi) nous expose les causes et la chronologie des événements qui ont, selon lui, conduit à la séparation.

Allez ! Une petit florilège pour se faire plaisir :

- le groupe existe toujours sans Paul ("Un autre départ n'est-il pas à craindre ?")
- c'est en représaille au fait que les 3 autres Beatles aient choisi l'homme d'affaires Alan klein pour gérer Apple que Paul a fait courir le bruit de sa mort ("Symboliquement, il fit courir le bruit de sa mort"). Là, j'avoue que c'est du lourd et que celle là, je ne l'avais pas encore vue souvent.
- John reproche à Paul de s'habiller comme un Monsieur. C'est vrai que lorsque l'on a posé pour la pochette d'un disque comme "Two Virgins", on a un peu de mal à concevoir que certains s'habillent ...

Et pour clore cette intro, un appel : est-ce quelqu'un veut bien s'occuper de George Martin, toujours reclus dans le studio 2 d'Abbey Road dans l'attente d'une reformation du groupe ("quelque chose me dit qu'avant la fin de l'année Je les retrouverai réunis dans le même studio d'enregistrement") ?

Voyons quand même quelque chose de positif dans tout cela. C'est grace à des articles aussi stupides que celui-ci que l'on apprécie ceux qui font preuve de plus de rigueur. Les uns comme les autres ne manquant pas dans les pages de "Bonsoir Paris".

Claude Defer




Voici tous les « dessous » de la rupture et les raisons qui, malgré les déclarations officielles, permettent d'espérer.

Ce fut un divorce tourmenté ! Une sorte de lente agonie. Hais aujourd'hui c'est fait. Paul McCartney se sépare des Beatles (comme le laissait hélas prévoir S.L.C. Hebdo dans son premier numéro).

Pour certains fans, le coup est trop rude. Ils se refusent à y croire et démentent ouvertement la nouvelle. D'une manière générale, tout le monde espère que la rupture ne sera que momentanée.
L'aventure était trop belle, la réussite trop fantastique pour qu'on accepte de gaieté de cœur le drame qui vient d'éclater. Aux bureaux d'Apple, la société de disques créée par les Beatles, la nouvelle a fait l'effet d'une bombe. Pendant plusieurs jours la consternation a régné. Bien qu'elle fût parfaitement au courant, Navis Smithe, la ravissante attachée de presse, commença par démentir.
Puis elle finit par avouer — mais avec le plus de réticence possible.

« D'accord dit-elle, il y a rupture. Mais psychologiquement les Beatles existent toujours : ils sont liés par contrat jusqu'en 1977. »

Juridiquement, elle a raison.

Mais iI n'en reste pas moins que la rupture est vraiment consommée.
Le texte tapé è la machine, sous forme de questions et de réponses, que Paul a fait remettre à la presse ne laisse pas beaucoup de place au doute.

Q. — Votre séparation d'avec les Beatles ? Est-elle due à des divergences personnelles ou musicales ?
R. — Des divergences personnelles, des divergences sur le plan des affaires, des divergences d'ordre musical. Mais, avant tout, au fait que je me plais mieux avec ma famille, ma femme Linda, et mes deux petites filles.

Q. — Quels sont vos projets maintenant ?
R. — Mon seul projet est de mûrir, de voler de mes propres ailes.

Q. — Pouvez-vous prévoir quand vous allez de nouveau collaborer avec John Lennon pour écrire des chansons ? (Paul composait la plupart des musiques, et John les paroles).
R. — Non. (Paul et John ne se parlent plus depuis huit mois.)

Q. — Prévoyez-vous un nouvel album ou yn nouveau 45 tours avec les autres Beatles 7
R. — Non.

Q. — Que pensez-vous de l'action de John pour la paix 7 Du Plastic Ono Band? De l'influence de Yoko?
R. — J'aime beaucoup John et je respecte ce qu'il fait. Mais cela ne me procure aucune satisfaction.

Si le document que Paul a fait remettre à la presse est sans ambiguïté, il laisse néanmoins des points importants dans l'ombre.



D'où vient vraiment la brouille ? Depuis combien de temps couve-t-elle? Y a-t-il des responsables 7 Des méchants ? Les femmes ont-elles joué un rôle 7 L'accord entre les autres Beatles est-il si bon que ça ? Un autre départ n'est-il pas à craindre ?

C'est en Inde que les Beatles ont commencé à se sentir différents les uns des autres.
Là, au pied de l'Himalaya, dans l'Ashram de luxe de leur gourou, Ils ont médité sous les yeux des photographes du monde entier. George, le plus mystique, y croyait. John se forgeait une philosophie, sa future morale. Mais Paul et Ringo s'ennuyèrent profondément. Ringo est revenu le . premier en Angleterre en déclarant que le curry dans la nourriture indienne ne lui réussissait pas. Paul l'a rejoint sans même donner un prétexte.

Maintenant le moment est venu de parler du rôle des femmes.
Au début les quatre Beatles et leurs quatre femmes s'entendaient bien, s'amusaient bien et sortaient ensemble.
Maintenant, on peut le dire : les femmes des Beatles ne peuvent plus se souffrir.
Maureen, la femme de Ringo, ne supporte pas Linda, celle de Paul} L'épouse de Paul prend Yoko, celle de John, pour-une folle ; quant à Yoko, elle ne rate pas une occasion pour critiquer les trois autres.
Pattie, la femme de George, reste en dehors de ces conflits internes.

Mais rien de tout cela n'était suffisant pour faire éclater la cellule Beatles. Il a fallu la mort de Brian Epstein, leur brillant manager, pour que le fossé se creuse.
Paul avait un successeur tout trouvé : Lee Eastman, avocat new-yorkais et père de Linda, sa femme.
Le choix des autres Beatles se portait sur Allen Klein, un génie financier, lui aussi new-yorkais, mais sans aucune attache familiale avec un membre du groupe.
Après une. réunion orageuse, Klein fut choisi par trois voix contre une, celle de Paul.
A partir de ce jour, Paul ne réapparut plus au siège d'Apple à Saville Row (Londres). Symboliquement, il fit courir le bruit de sa mort. Publiquement il critiquait et désavouait John et Yoko, « dont les cris aigus, paraît-il, lui tapait sur les nerfs ».

John se rase la tête, Paul dit : « Les cheveux courts, ce n'est pas le style Beatles. »
John veut organiser le Festival de Toronto. Paul dit : « Nous allons y perdre une fortune. »
De son côté, John déclare que Paul s'éloigne de l'idéal de leur jeunesse, qu'il aime trop le luxe, s'embourgeoise, et qu'il a tort de s'habiller comme un Monsieur.



Aujourd'hui les fans attristés, ou en colère, font sauter le standard d'Apple, G.Q.G. des Beatles.
Devant Apple, dans la rue, des filles pleurent.
Des pétitions circulent chargées de milliers de signatures, demandant à Paul de revenir sur sa décision.
Devant son domicile, il y a encore foule, malgré un service d'ordre assez sévère.

Si le monde des fans est encore en émoi, l'optimisme paraît être revenu dans le monde musical.
« C'est fantastique, entend-on dire dans les milieux du disque à Londres. Devenus concurrents, John et Paul vont se surpasser. Ils voudront chacun aller plus loin. »

De son côté George Martin, leur directeur artistique a déclaré à Don Short, du Daily Mirror :
« Je suis sûr que ce n'est pas la fin, quelque chose me dit qu'avant la fin de l'année Je les retrouverai réunis dans le même studio d'enregistrement.
» Ils sont entêtés, bien sûr, mais pas au point d'être idiot.
» Comment voulez-vous qu'ils ne découvrent pas qu'ils ont besoin l'un de l'autre... que l'un sans l'autre ils auront perdu quelque chose de très précieux.
» En tout cas, il n'y a pas de haine entre John et Paul. »

George Martin dit vrai.
Quand on demande à Paul, s'il souhaite une tentative de conciliation avec John, il se contente de répondre « non » mais sans animosité.
Quand on demande à John, ce qu'il pense de tout ça, il commence par s'enflammer et par dire : « Paul n'est pas parti, on l'a viré. » Puis il se radoucit et il dit : « I LOVE JOHN. »