Bonsoir Jean-Marie Périer !
Par Stéphan B., jeudi 1 juillet 2010 à 13:21 :: From Me To You :: #74 :: rss

Quand on a eu la chance d'être à la fois spectateur et acteur d'une époque dont les gens ont la nostalgie, la moindre des choses, c'est de répondre aux questions.
SALUT LES COPAINS !
Gonflé à bloc suite à la rencontre avec Gilles Verlant ... j'ai décidé d'offrir aux lecteurs de Bonsoir Paris une grosse surprise avant l'été.
Jean-Marie Périer a donné pour les lecteurs de Bonsoir-Paris une interview et en deux temps trois mouvements, clik clak kodak, l'affaire était dans le sac.
Inutile - mais je ne vais pas me priver du plaisir de le faire - de préciser que je suis enchanté de l'intérêt que Jean-Marie Périer porte aux nostalgiques des fab's 60's et surtout de la disponibilité, de la patience, et de la générosité dont il a fait preuve pour répondre à ces quelques questions.
Et à nouveau je le cite : Quand on a eu la chance d'être à la fois spectateur et acteur d'une époque dont les gens ont la nostalgie, la moindre des choses, c'est de répondre aux questions.
Merci de me donner Jean-Marie Périer l'opportunité d'offrir aux copains de Bonsoir Paris ce témoignage super sympa !
SB
En 1956, Daniel Filipacchi vous engage comme assistant. L’amour du Jazz a-t-il forcé le destin pour que cette rencontre et cette collaboration soient réalisables ?
Au départ non, c'est plutôt le hasard. Coup de chance je n'aimais que le jazz.
Etes vous photographe de formation ?
J'ai appris "sur le tas" avec Daniel Filipacchi.
D’où vient le surnom d’Oncle Dan attribué à Filipacchi ? (Oncle Dan, XO Editions, avril 2008)
C'est moi, je l'ai toujours appelé comme ça.
Des vos débuts, vous avez l’opportunité de photographier de grands noms du jazz. (Miles Davis, Dizzie Gillepsie entre autres) 3 ans plus tard vous devenez le meilleur ami des vedettes Yéyé. Pour autant écoutiez vous toujours du Jazz ?
Oui, et ce jusqu'à aujourd'hui. Je n'ai "rencontré" le rock qu'à Oran pendant mon service militaire, lorsque Eddy Mitchell est venu en tournée.
Les Yéyé ont-ils d’ailleurs influencé votre façon d’utiliser votre objectif et la mise en scène des « copains » de SLC ?
Non, c'est d'abord Nikon en inventant le boitier réflex et la totale liberté que m'a accordé Filipacchi.
Quels sont vos premiers souvenirs Beatles ?
Lorsqu'on est allé ensemble acheter des bottines chez Anello and Davide.
Vous avez photographié les Beatles à Londres en mars 1964 … puis à Paris en Mai 1965. Avez-vous ressenti un grand changement dans leur attitude ?
Pas avec moi en tout cas. Ma chance avec eux comme avec les Stones, c'est que je les ai rencontré très tôt. Donc ils me faisaient confiance.
Travailliez vous avec les Beatles comme vous aviez pour habitude de faire pour les autres artistes français ? La langue, la renommée internationale n’étaient ils pas un frein à la créativité ?
Je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient au début. Ils ne faisaient aucun effort avec leur putain d'accent. Une fois qu'ils m'ont adopté, ça s'est arrangé.
D’ailleurs, parle t’on de « travail » lorsqu’on est photographe ?
En tout cas, pas moi. Il vaut mieux faire preuve de créativité qu'en parler. De toute façon je passais plus de temps avec eux et les autres à vivre des moments plutôt qu'à les photographier.
Pouvez vous commenter ces photos ?
Ce qui vous vient tout de suite en tête des que vous les voyez …

The Beatles, Londres, 1964
C'était la porte du bureau de leur manager. On ne se connaissait pas encore bien.

The Beatles, Paris, 1964
Ils étaient un groupe, moi j'étais un peu seul en face.

The Beatles, Paris, 1964
Je voulais qu'ils se souviennent de moi. Je les avais donc emmené dans un studio. Là je leur avais donné à chacun une cigarette et un briquet. Ensuite j'ai demandé à mon assistant d'éteindre le studio. Les Beatles se retrouvaient dans le noir, j'avais enfin le dessus. Je leur ai dit: "Messieurs, allumez vos cigarettes !" Clic clac, merci Kodak. On remet la lumière. Au revoir messieurs. Ils se sont souvenu de moi et m'ont engagé plus tard pour travailler pour eux.

Hotel George-V, Paris, 1965
Ils s'ennuyaient ferme dans des suites de l'hôtel Georges V. Je leur avais même prêté un "mange-disque" pour qu'ils puissent écouter de la musique. Ringo faisait la tronche parce que j'avais tous les disques des Stones. C'est durant ce séjour que je leur ai amené Brigitte Bardot qu'ils rêvaient de rencontrer. Moment curieux, eux comme elles étaient très impressionnés, je n'ai pas fait de photo, d'ailleurs je n'avais même pas mes appareils. Aujourd'hui, parce qu'il n'y a pas d'image, les gens croient que j'invente, ça me fait vraiment marrer.

Paul McCartney, Londres, 1966
Souvent je l'appellais en lui proposant un rencart pour faire quelques photos. On se baladait dans Londres dans sa Rolls en s'arrêtant ici ou là. Je faisais huit ou dix pages en deux heures.

The Beatles, Abbey Road, Londres, 1967
Ils m'avaient engagé pour faire des pochettes de disque pour le marché anglais. C'était pendant l'enregistrement de Sergeant Pepper. J'avais improvisé un studio photo dans la pièce qui jouxtait le studio où ils enregistraient. Je suis resté une quinzaine de jours. Hélas un jour je me suis engueulé avec John et je suis parti. Je n'aurais pas dû, sans doute, mais pour moi c'était un groupe et puis j'avais d'autres occupations, Mick Jagger, Dutronc, Françoise etc...
Quel regard portez vous sur d’autres photographes d’artistes qui ont travaillé à la même époque que vous ? (Jean-Louis Rancurel, Bob Lampard etc.) Les avez-vous vu comme des concurrents ou bien leur domaine d’activité, plutôt orienté « live » et N&B pour les deux cités a-t-il fait qu’ils évoluaient dans deux univers tellement différents qu’ils ne se faisaient pas concurrence ?
Non je ne les connaissais pas; il n'y avait aucune concurrence, d'abord parce qu'il ne faut pas oublier qu'à l'époque, "Salut les copains" était un parcours obligé pour les artistes, ils devaient être dans le journal. Et je faisais de la couleur parce que ces images étaient destinées à couvrir les murs des chambres des adolescents. Je me foutais d'être contact@jean-marie-perier.netidéré comme un "grand" photographe, donc je faisais peu de noir et blanc.
Avez-vous une âme de collectionneur ? d’archivistes ? conservez vous dans vos armoires des souvenirs des années 60 que vous consultez en grignotant la madeleine de Proust ?
Non, pas vraiment. De toute façon, il y a trois ans ma maison de l'Aveyron a brûlé et tout a disparu. Heureusement mes archives photos étaient à Paris.
Baigner dans la musique, fréquenter la presse spécialisée et des artistes avec lesquels vous avez créé et entretenu une solide amitié ne vous a-t-il pas donné l’envie de produire des talents musicaux ?
Non, ça m'a donné envie de faire tourner Dutronc au cinéma. Ce que j'ai fait d'ailleurs, je lui ai fait tourner son premier long-mètrage avec mon père François Périer. Ca s'appelait "Antoine et Sébastien".
Que s’est il passé en 1974 pour que vous décidiez de mettre entre parenthèses la photographie ?
Justement l'envie de faire du cinéma avec Jacques. On a fait deux films dans les années 70. Et puis je me voyais pas finir "photographe de chanteurs". Je voulais vivre plusieurs vies. J'en ai vécu cinq différentes.
Si vous aviez bénéficié dans les années ’60 des technologies utilisées actuellement, le numérique notamment, auriez vous changé radicalement votre façon de travailler ou, au contraire, peu de choses auraient été différentes ?
Peu de choses auraient changé, mais ça aurait été plus vite, c'est certain. Je ne travaille qu'en numérique depuis quinze ans.
Je vous cite, a propos de vos photos : « Pendant trente ans elles ont été méprisées par l'intelligentsia de la photographie. C'était trop populaire. Ce sont les mêmes aujourd'hui qui me disent que c'est de l'art. Moi je pense que ça n'est pas de l'art, c'est du spectacle. Je refuse de prendre la posture artistique ». Et si les fans de votre travail insistent ???
Les fans se foutent que ce soit "de l'art". Ils veulent des photos qu'ils aiment, c'est tout. La notion d'art n'est qu'un problème de marchand. Cela dit je ne me plains pas, grâce à eux aujourd'hui elles sont chères sur le marché.
Si un jeune Jean-Marie Périer arrivait aujourd’hui sur le marché de l’emploi, avec le même talent et les mêmes idées que son homonyme, comment pourrait-il travailler et avec qui ?
Dans la presse: Nulle part. La photo telle que j'ai eu la chance de la connaître n'existe plus. La fête est finie. A part sur internet et dans l'informatique, là je crois qu'il y a des jeunes gens qui se marrent bien.
Que pensez-vous d'Internet ? Et de Bonsoir Paris ?
Vive l'avenir !
http://www.jean-marie-perier.net/
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